Sébastien Bachollet continue de nous faire vivre de l'intérieur le Forum sur la Gouvernance de l'Internet, où la question centrale reste de savoir qui doit contrôler le réseau des réseaux, y compris au niveau technique.
Les deuxième et troisième journées du FGI (31 octobre et 1er novembre 2006) sont organisées avec 4 séries de débats en parallèle.
Une série de débats officiels d’une demi-journée chacun dans la salle plénière avec traduction dans sept langues (les langues de l’ONU – anglais, français, russe, chinois, arabe et espagnol plus le grec) avec la saisie des interventions – en anglais - par des scriptes. Les thèmes abordés devaient refléter les décisions du SMSI de Tunis et des réunions préparatoires du Forum : choisir quelques sujets et ne pas remettre en cause les organisations existantes qui travaillent déjà sur une partie des questions soulevées par la gouvernance de l’Internet.
Le choix du comité d’organisation qui comprend des représentants de l’ensemble des parties prenantes a été le suivant :
Ouverture : liberté d’expression et libre circulation de l’information, des idées et du savoir ;
Sécurité : créer la confiance à travers la collaboration ;
Diversité : promouvoir le multilinguisme et les contenus locaux ;
Accès : connectivité Internet, politique et coût.
Qui trop embrasse mal étreint
Les trois autres séries de débats sont prises en charge par des organisations intéressées avec en général une coordination des sujets qui entrent en concurrence. Ce qui donne 36 débats d’une heure trente.
Bien évidement il est impossible d’être partout à la fois et donc chaque participant a une vision différente des autres.
Je ne retiendrais donc que des images tel un kaléidoscope.
Des défenseurs des droits de l’homme qui tirent à boulets rouges contre certains fournisseurs pour les usages qu’en font certains pays et non directement contre ces pays – dans le débat sur l’ouverture.
Des défenseurs de l’environnement qui cherchent à concilier développement durable, système d’information et gouvernance de l’Internet dans un débat joliment intitulé : faire verdir l’informatique.
Mais le meilleur exemple de cela a été donné à l’occasion d’une table ronde organisée par le chapitre de l’Isoc des Iles Pacifiques par un des intervenants qui a expliqué comment il mettait en place à la fois la production d’électricité – grâce à des cellules photovoltaïques et la connexion internet dans certaines Iles du Pacifique. Ce qui a permis à Vint Cerf de mettre en avant l’engagement écologique de Google qui installe sur les toits de ses bâtiments de Montain View dans la Silicon Valley des batteries de panneaux solaires.
Le multilinguisme toujours en question
Le président du Conseil d'administration de l’ICANN est aussi intervenu dans le cadre d’une série de débats sur le multilinguisme pour défendre, avec d’autres, les travaux en cours tant du côté de l’IETF que de l’ICANN.
Des voix différentes – ce qui est un des objectifs du Forum – se sont fait entendre.
Cela a été l’occasion pour Louis Pouzin d’expliquer sa position mais aussi à un des autres "pères" de l’Internet, Robert Khan, de faire entendre sa différence. Il dit actuellement travailler sur des développements qui devraient aider à la résolution de problèmes comme le multilinguisme sur Internet…
L'ombre de l'ICANN
J'ai aussi été frappé par un sujet récurrent dans les séances auxquelles j'ai assisté : la présence de l’ICANN. Les positions vont de l’accord total au rejet complet.
En particulier dans un débat intitulé "le management du fichier du serveur racine" où l’animateur nous a dit que nous allions parler de DNSSec, c'est-à-dire le déploiement d’une solution pour sécuriser le système DNS par le biais de clefs sécurisées. Nous avons finalement eu droit à différentes envolées sur l’évolution de l’ICANN, le rôle du DoC et la place de Verisign dans le dispositif.
Le triptyque est actuellement le suivant : l’ICANN par l’intermédiaire de sa function IANA étudie toute demande de modification du fichier racine, pour en vérifier le bien fondé et évaluer les éventuels risques sur la stabilité et la sécurité de l’Internet. Les conclusions de cette étude sont transmises au DoC pour accord qui, dans ce cas là, transmet la demande à Verisign en tant que gestionnaire du principal serveur racine. Puis les 12 autres serveurs racines viennent se mettre à jour à partir du serveur principal.
L'éternelle question
Quelques questions – qui ne sont pas nouvelles – ont été posées tant par les intervenants que par les participants :
Peut-on mettre en concurrence l’Icann ?
Peut-il y avoir des serveurs de racines alternatifs ?
Par qui (ou quoi) remplacer le DoC ?
Pourquoi Verisign a-t-il en charge le serveur principal ?
Bien sûr personne n’est d’accord sur les réponses à apporter à ces questions. Et le déploiement de DNSsec – qui implique qu'une entité contrôle la clef sécurisée pour la distribuer à l'ensemble des intervenants - met aussi en avant un problème d’organisation et de responsabilité.
C'est toujours la même question qui revient. Celle qui est, finalement, au centre du processus du SMSI actuellement prolongé par le Forum : qui doit avoir le contrôle ?