Google compte pas moins de 6 630 000 occurrences pour Tintin, preuve, s’il en fallait, de l’extraordinaire popularité du célèbre reporter. Et rien de plus convoité que son nom de domaine !
A l’origine, le .BE
Lorsque Yves Février, ancien avocat, entre à Moulinsart SA pour prendre, notamment, la responsabilité de l’Internet, la société ne dispose que de tintin.be. Convoité par les passionnés comme par les marchands, le nom du célèbre reporter est déjà pris dans la plupart des extensions majeures.
Il est temps de réagir, et de définir les critères d’une véritable stratégie de nommage.
La réponse à la question posée n’est pas simple : quelle stratégie définir quand, dans l’univers de Tintin, on peut trouver quelques soixante personnages qui pourraient réclamer leur nom de domaine… que l’on peut associer leur nom entre eux (tintin-et-milou, tintin-herge, tintin-haddock)… et que ces noms ont été traduit dans des dizaines de langues (ainsi en allemand Tintin s’appelle Tim et Milou, Struppi) ?
Priorité au .COM
Tout d’abord, se fixer une priorité, celle de reprendre le .COM qui appartient alors à une société japonaise n’ayant rien voir avec la bande dessinée, et encore moins avec Tintin. C’est à l’amiable qu’Yves Février parvient à faire rentrer à Moulinsart l’extension majeure.
D’autres noms de domaine vont également être récupérés, la plupart du temps par la négociation. Le secret de ces négociations réussies ? "Nous étions assez solides en terme de copyrights et de marques déposées pour défendre nos noms de domaines," précise Yves Février. "C'est un pré-requis dans ces cas de figure."
Et les autres ?
Aujourd’hui, l’essentiel de la communication Internet de Tintin passe par ce tintin.com, les tintin.net et tintin.org ne servant qu’à des redirections.
Le .INFO, lui, reste détenu par un tiers. Tant que son utilisation ne porte pas de véritable préjudice aux intérêts de Moulinsart SA ou à l’image de Tintin… "Nous sommes moins concernés par l’obtention de noms de domaine que par leur utilisation par leur gérant. Si quelqu’un possède un nom de domaine et tente une utilisation commerciale et abusive de la marque, il est clair que nous nous battrons pour faire valoir nos droits et le récupérer."
Le .DE
Le nom de domaine "tintin" dans extension allemande est aujourd’hui détenu par un tiers : "Pour le moment, cela ne nous gène pas. En revanche, si nous développions un jour une plateforme multimédia en Allemagne, si nous avions un vrai site Internet en allemand, il est clair que nous essayerons d’obtenir ce nom de domaine."
Le .FR
C’est justement le cas pour la France, où Moulinsart SA développe une forte activité multimédia avec France Télévision. "Les Français utilisant de plus en plus le .FR lorsqu’ils recherchent une information sur le web, nous avons fait en sorte de récupérer tintin.fr"
Yves Février a donc choisi de n’enregistrer (ou récupérer) un nom de domaine que lorsque celui correspond à la réalité d’une activité ou d’une présence significative dans un pays. Et lorsque Moulinsart SA travaille avec un distributeur, si le contrat lui permet d’acquérir le nom de domaine dans le pays concerné, il l’oblige aussi à le rendre lorsque l’accord arrive à son terme.
Le .CN
"Les choses sont un peu plus compliquées pour l’extension chinoise," reconnaît Yves Février, à cause de la coexistence de deux formes d’écritures. "Bien sûr nous protégeons alors Tintin dans les deux types de caractères."
envoituretintin.com
Ce nom de domaine illustre la stratégie de nommage en matière de partenariat.
Yves Février explique : "Il nous arrives de créer des noms de domaine spécifiques lorsque nous travaillons avec des partenaires, comme par exemple avec les éditions Atlas avec qui nous vendons des collectors. Dans ce cas, nous créons un nom de domaine spécifique qui s’appelle 'En voiture tintin' car, n’étant responsable ni de la gestion du site ni de son contenu, nous voulons qu’il soit clairement séparé de notre tintin.com."
En conclusion
La stratégie de nommage de Moulinsart SA pour défendre l’identité de Tintin sur l’Internet est donc tout à fait claire :
Centrer l’essentiel de la communication sur le .COM
Récupérer les noms de domaine dans les extensions génériques, mais ne s’en servir qu’en redirection vers le site principal. Et, dans le cas où le nom est déjà pris dans une extension générique, surveiller l’utilisation du nom pour le récupérer en cas d’utilisation portant atteinte aux droits.
Enregistrer les noms de domaine dans les extensions pays lorsque ceci est légitimé par une activité dans le pays concerné, et un site adapté.
Autoriser le dépôt d’un nom de domaine dans un pays par un partenaire, mais prévoir la restitution du nom de domaine en cas de cessation ou de rupture de l’accord.
Créer des noms de domaine clairement différenciés de Tintin lorsqu’un site est géré par un partenaire.
Les bachibouzouks de l'Internet n'ont plus qu'à bien se tenir...
• Conférence "Stratégie de nommage En avant première de la conférence organisée par INDOM, à l’occasion de la sortie du livre « Stratégies de nommage » édité par DomainesInfo, nous avons rencontré Yves février, son responsable Internet. • Moulinsart SA C'est la société qui gère les droits et les produits dérivés relatifs à Tintin et aux autres personnages qui ont accompagné le jeune reporter dans ses Aventures.