Où en est-on du FGI, après une première réunion fin 2006 ? Une réunion d'étape vient de se dérouler à Genève pour répondre à cette question. Louis Pouzin, l'un des pionniers de l'Internet, y était. En exclusivité pour Domaines.info, il nous fait le point sur le FGI.
La première réunion du FGI s'est tenue à Athènes, du 30 octobre au 2 novembre 2006.
Une réunion le 13 février à Genève avait pour but de faire le bilan d'Athènes et de proposer des améliorations pour la 2ème réunion du FGI prévue à Rio du 12 au 15 novembre 2007.
Ce n'était pas un de ces grands jours. À défaut d'une liste des inscrits on pouvait compter à la louche 150 participants. L'Inde et la Chine n'étaient pas là. L'Égypte avait délégué un premier secrétaire basé à Genève. Seul des poids lourds le Brésil avait une demi douzaine de délégués. Normal, puisque c'est le prochain pays hôte.
Dès l'ouverture le président, Nitin Desai, a déclaré qu'il n'y avait pas d'ordre du jour, chacun pouvant s'exprimer selon son inspiration. Il a quand même donné en premier lieu la parole à Markus Kummer, secrétaire du FGI, puis à la Grèce.
Kummer a paraphrasé le contenu du rapport de synthèse des contributions qui reprend une bonne part des points cités dans chacune d'elles. Les plus notables sont:
trop d'intervenants dans les sessions,
animation des tables rondes dans un style radio-tv restant à la surface des questions,
ateliers en même temps que les plénières, et sans cohérence avec elles,
pas de recommandations ni document de synthèse,
peu de transparence du rôle du groupe de conseil (Advisory Group), dont les débats ne sont pas connus,
organisation tardive du programme,
absence de débats sur les bonnes pratiques, et d'identification des problèmes émergents,
diverses critiques sur la logistique: transports, restauration et hôtels trop onéreux, accès internet déficient, files d'attente, certaines sessions sans interprète, etc.
Selon le délégué de la Grèce le nombre de participants était le double de celui prévu, mais tout s'est très bien passé. Il n'avait sans doute pas bien lu toutes les contributions. Il n'empêche que cette manifestation montée rapidement et sans antécédent demandait un effort exceptionnel, que la Grèce a largement maîtrisé. Toutes les prises de parole dans la journée ont débuté par un flot de félicitations adressées au secrétariat et à la Grèce.
Les américains plein de louanges
Dans une bonne mesure également les participants se sont auto-félicités d'avoir créé une formule de débats ouverte, égalitaire, multi-partenaires, non décisionnelle donc libre de tensions, tout en admettant qu'on ne pouvait pas répéter Athènes, et qu'il faudrait produire quelques résultats tangibles dans les réunions futures.
Alors que le gouvernement US et sa cohorte de lobbies étaient en 2005 hostiles à la création du FGI, leurs déclarations écrites ou orales sont maintenant chargées de louanges pour cette nouvelle forme d'échanges. Toutefois aucun n'a fait part des raisons de cette volte-face.
Un résultat d'Athènes largement tenu pour intéressant est la notion, pas vraiment définie, de "coalition dynamique". C'est en partie un contournement de l'opposition de certains lobbies à la création par le FGI de groupes de travail. Plusieurs coalitions dynamiques se sont déclarées, d'autres suivront.
Et Rio ?
Alors que certains émettaient de bons conseils sur un peu plus de ceci et un peu moins de cela, l'Iran, le Réseau du Tiers Monde et le Brésil ont sans ambages mis les pieds dans le plat. En bref pour être légitime le FGI doit appliquer son mandat, #72 de l'agenda de Tunis.
La représentation doit être plus égalitaire et favoriser la participation des pays en développement, notamment par des aides financières,
les sujets abordés doivent inclure les ressources critiques de l'internet (racines, noms de domaine, adresses IP), l'infrastructure, les coûts d'interconnexion,
les questions de droit national et international doivent être discutés, et les gouvernements devraient participer plus activement,
la coopération renforcée, que devait mettre en œuvre le Secrétaire Général (SG) des Nations Unies, est au point mort,
le rôle et la représentativité du groupe de conseil sont à examiner.
Pour faire bonne mesure Francis Muguet a proposé de constituer le "bureau" du FGI prévu dans l'agenda de Tunis, en confiant aux prochains pays hôtes le soin de mener des consultations à cette fin. Comme par hasard le Brésil a pris le relais pour énumérer les avantages et l'aide que le bureau apporterait au SG.
Un président sans mandat
Le président Desai a expliqué le délai de réponse du SG par le renouvellement de son titulaire. Desai était conseiller du précédent SG, son mandat est donc terminé. Nul ne sait ce que le SG actuel décidera.
Concernant le bureau Desai fait valoir qu'il doit être élu, conformément aux règlements des NU. Or le FGI n'ayant pas de membres, on ne peut donc pas créer un bureau. Pour Desai cette question a été réglée il y a un an en créant le groupe de conseil comme substitut au bureau. Néanmoins il en fera rapport au SG.
Sur ce j'ai proposé que le Brésil étudie la mise en œuvre de procédures nécessaires au fonctionnement du FGI, selon l'agenda de Tunis, et que cette activité constitue une coalition dynamique.
Selon Desai, bien que rien ne soit sûr, il n'est pas impossible qu'une réunion de consultation ait lieu à Genève le 23 mai. Tout dépend du SG !
Plusieurs versions des interventions sont disponibles sur le site FGI:
texte, audio, webcast.
Directeur du projet Cyclades conçu dans les années 1970 et inventeur du Datagramme, Louis Pouzin a par ces deux biais posé les bases du principe d'interopérabilité qui a permis à Internet d'exister. Ses travaux et les technologies qu'il a inventées ont été repris par les américains pour créer le protocole TCP-IP, l'une des clefs de voûte de l'Internet. [cf. : Le .FR, une zone de confiance sur l'Internet – éditions Domaines.info].
Louis Pouzin continue aujourd'hui d'être très impliqué dans tout ce qui touche aux réseaux, notamment au travers de l'association Eurolinc qui vise à "développer les réflexions et les actions qui accroissent la contribution française et européenne à l'évolution de l'Internet, notamment à travers les aspects culturels et sociaux."