L'Europe boude la communauté des registres nationaux
Petit à petit, l’organisation des registres nationaux prend forme. Ce ccNSO, conçu pour donner aux opérateurs d’extensions en code pays (les ccTLD) une voix à l’intérieur de l’Icann, a ainsi réuni ses membres pour la première fois à Carthage. Seul problème : les registres européens ne semblent pas prêts à rejoindre le ccNSO. Au risque de s’isoler ?
Nos clefs pour comprendre :
Depuis la création de l'Icann, les registres nationaux européens s'opposent à ce qu'ils perçoient comme une tentative d'ingérence américaine sur le souveraineté nationale.
Avec la création du ccNSO, l'Icann souhaite ouvrir un forum aux registres nationaux. Pour mieux les contrôler ?
Le ccNSO est actuellement un succès avec tous les registres nationaux... à l'exception des européens. Vont-ils s'isoler?
L’Icann s’est félicité de la création du ccNSO (country-code Name Supporting Organisation – organisation de soutien pour les noms en code pays) il y a quelques mois. Il faut dire qu’après des années de tensions entre l’organisme en charge du nommage sur Internet et les registres nationaux, le moyen semblait enfin avoir été trouvé d’asseoir tout le monde à la même table. Aucun doute, l’officialisation du ccNSO était un beau coup pour le nouveau président de l’Icann, Paul Twomey, qui venait à peine de prendre ses fonctions.
Apparemment apaisés, les registres européens ont dans un premier temps semblé adhérer au concept ccNSO. Au point d’en retrouver certains, dont l’Afnic (le registre du .FR), dans la liste des 15 membres du « groupe de formation » en charge de faire passer le ccNSO de projet au stade d’organisme fonctionnel.
ALLUMER OU ETEINDRE UNE ZONE Pourtant, les vieux griefs européens ont très vite refait surface et aujourd’hui, les opérateurs du vieux continents se refusent à cautionner le principe d’une Icann « patronne » en devenant membres de l’une de ses organisations. La notion d’indépendance reste pour eux primordiale.
Chaque registre veut pouvoir gérer sa zone comme il l’entend, sans recevoir de directives d’un organisme central. Voilà qui explique la récurrence du problème de la « fonction IANA ». Pour résumer, celle-ci donne le droit à l’Icann de déléguer (ou de ne pas déléguer !) un code pays. Bref d’allumer ou d’éteindre une zone !
Contrôlée par l’Icann, donc du point de vue de certains registres européens par le gouvernement américain, la fonction IANA est pour eux une épée de Damoclès à jamais suspendue au-dessus de leur droit à gérer leur propre zone.
LE REGISTRE HOLLANDAIS, SEUL EUROPEEN DU GROUPE Les registres européens boudent donc le ccNSO pour l’instant. Sur les 48 demandes d’adhésion déjà reçues par le groupe de formation du ccNSO, 30 ont été retenues : 10 registres africains, 9 d’Amérique Latine, 5 d’Asie, 3 d’Amérique du Nord et seulement un d’Europe. Si l’identité de ce « rebelle européen » n’a pas été officiellement dévoilée, DomainesInfo.fr a pu apprendre qu’il s’agit du registre hollandais, le SIDN.
Si elle se confirme, cette absence de l’Europe dans le ccNSO aura-t-elle des conséquences pour les intéressés ? Le ccNSO étant notamment en charge d’établir les politiques globales applicables au ccTLD, on peut penser que oui. Tout dépendra en fait de la réussite du pari de l’Icann.
Si l’organisme arrive à faire du ccNSO le véritable porte-parole des registres nationaux au niveau mondial, ceux qui s’en sont exclus pourraient également se retrouver isolés sur la scène internationale.
Les Européens ont déjà manqué de réactivité dans un autre domaine, celui des noms multilingues (IDN). Là où, associés à l’Icann, les registres asiatiques ont déjà développé et mis en pratique des solutions IDN réalistes, les Européens à priori tout aussi concernés par la question de l’utilisation des noms multilingues n’en sont qu’aux balbutiements. Le même phénomène se reproduit-il avec le ccNSO ? Le reste du monde semble déjà prêt à y être intégré. Et l’Europe ?