C’est à priori une source de discorde supplémentaire entre le Vieux Continent et le Nouveau Monde. Au sein de la communauté mondiale représentée par l’Organisation des Nations Unies (ONU), nombre de voix se font entendre pour réclamer une gouvernance de l'Internet réellement internationale (c’est à dire moins soumise au gouvernement américain).
Surprise, la gouvernance de l’Internet a été l’un des sujets phares de la conférence organisée par l'UIT (Union Internationale des Télécommunications), agence des Nations Unies, à Genève les 10, 11 et 12 décembre derniers sous le sigle SMSI (Sommet Mondial sur la Société de l'Information). Au grand dam du gouvernement américain, qui aurait préféré ne pas aborder le sujet, puisqu’il implique forcément une remise en cause des organismes actuellement responsables de l’Internet.
Le gouvernement américain aurait préféré ne pas aborder le sujet
Ces organismes sont l'Icann, le W3C (World Wide Web Consortium) et l'IETF (Internet Engineering Task Force). Société californienne à but non lucratif, placée sous la tutelle du gouvernement américain mais avec une forte participation internationale, l’Icann a pour mission de réglementer le système de nommage sur Internet. Elle a directement en charge les extensions dites génériques comme le .COM ou le .INFO et elle coordonne son action avec les gestionnaires des différentes extensions nationales comme le .FR ou .BE.
La W3C et l'IETF de leur côté, élaborent des normes techniques pour le Web et le courrier électronique.
L'ICANN serait à terme reprise directement par l'ONU
C’est bien entendu l’Icann qui est la cible privilégiée de ceux qui souhaitent le changement. Officieusement, certains participants au SMSI n’ont pas hésité à suggérer que l’Icann serait à terme reprise directement par l’ONU. Une éventualité qui ne ravit bien entendu pas les USA. Ainsi quelques jours avant la conférence, David Gross, l'ambassadeur des Etats-Unis à Genève, déclarait : "Nous pensons qu'il est extraordinairement important que (l'Internet) continue d'être conduit par le secteur privé..."
Réfléchir ensemble aux moyens d'améliorer la gouvernance d'Internet.
Et Jean-Pierre Raffarin, Premier Ministre français, de rétorquer le 10 décembre devant le SMSI : "La société de l'information que la France, avec ses partenaires européens, appelle de ses voeux est une société ouverte a tous, fondée sur les principes de liberté, d'égalité et de non-discrimination. ... Pour que ces objectifs soient atteints, il nous faut convenir des règles internationales de la société de l'information, sur lesquelles puisse se fonder la confiance de nos concitoyens. Nous devons réfléchir ensemble, d'ici à Tunis, aux moyens d'améliorer la gouvernance d'Internet."
La révolution de l'Internet a beaucoup de liberté, un peu de fraternité, et aucune égalité.
Au final, il n'a pas été possible d'obtenir un consensus sur la question de savoir si la gouvernance de l'Internet doit être laissée entre les mains des organismes semi privés actuels ou si elle doit être confiée aux Nations Unies, probablement via l'UIT. Un groupe de travail sera donc créé (le gouvernement américain a dû s’y résigner) afin de pouvoir à nouveau discuter de la question sera lors de la deuxième session du SMSI qui se tiendra à Tunis en 2005.
Lorsque ce groupe présentera son rapport à Tunis, on peut donc s’attendre à voir le fonctionnement de l’Icann critiqué. Certains préparent déjà le terrain. Ainsi dans une récente interview accordée au New York Times, Shashi Tharoor (Directeur des Communications et Projets Spéciaux auprès du Secrétaire Général des Nations Unies), a estimé que : "contrairement à la révolution française, la révolution de l'Internet a beaucoup de liberté, un peu de fraternité, et aucune égalité".