Après sa souveraineté, l'Irak va-t-il récupérer son Internet ?
Laissé à l'abandon depuis des années, le .IQ pourrait bientôt revivre en étant placé sous la gestion directe des iraquiens.
Il n'est pas surprenant d'apprendre que l'Irak n'a pas vraiment d'infrastructure Internet. Sanctions internationales, dictature nationale, manque de moyens et volonté de couper la population du reste du monde ont contribué à empêcher le développement du réseau dans ce pays. Aujourd'hui, le pays devant être reconstruit, la question de son domaine Internet est posée.
L'histoire du .IQ semble tout droit tirée d'un roman d'espionnage. Tout y est. Des palestiniens installés aux Etats-Unis. Des sociétés Internet écran, derrière lesquelles se cacheraient des groupes terroristes. Des enquêtes du FBI... Non, il ne s'agit pas de la deuxième saison de la série télévisée 24 Heures mais bien de l'extension nationale iraquienne.
225 noms en .IQ
D'après une excellente enquête réalisée par nos confrères britanniques du "Register", le .IQ n'a en fait jamais vraiment été géré. Créée le 9 mai 1997, l'extension iraquienne a été placée (et reste encore aujourd'hui) sous la responsabilité d'un homme d'affaire palestinien installé au Texas, Bayan Elashi. Domicilié aux Etats-Unis depuis 1977, l'homme est à l'origine d'au moins trois sociétés informatiques et a créé le premier PC fonctionnant en arabe.
Très actif sur d'autres secteurs, Bayan Elashi n'a jamais développé le .IQ. D'après la société de consulting TeleGeopgraphy, il n'y avait que 225 noms en .IQ en janvier 2002. Des noms probablement tous gérés directement par Bayan Elashi puisque à l'époque, l'Internet n'existait quasiment pas en Iraq.
Depuis la fin 2002, Bayan Elashi ne peut plus gérer quoi que ce soit. Lui et trois de ses quatre frères ont été arrêtés par le FBI. Ils sont soupçonnés de liens avec le Hamas palestinien, la Syrie, la Lybie et même al-Quaeda, l'organisation terroriste de Osama Bin Laden !
Comme l'Afghanistan
C'est à l'IANA, qui dépend de l'ICANN, d'attribuer la gestion d'une extension Internet. Lorsque cette gestion est appelée à changer de main, les spécialistes appellent cela une "redélégation". Or depuis l'arrestation de Bayan Elashi, l'IANA aurait reçu plusieurs demandes de redélégation du .IQ.
Celle qui a le plus de chance d'aboutir est bien entendu la demande officielle de la "Commission Nationale des Télécommunications et Médias" irakienne. Son directeur a écrit à l'ICANN en mai pour lui indiquer que la redélégation du .IQ marquerait une étape importante dans la reconstruction du pays. Paul Bremer, l'administrateur américain, a également contacté l'ICANN pour lui dire qu'accepter cette demande de redélégation équivaudrait à "envoyer un signal fort aux investisseurs potentiels du mouvement vers un avenir de haute technologie entamé en Irak."
L'ICANN n'est pas réputé pour sa rapidité de traitement des demandes de redélégation. A une exception près. Lorsque la demande émane ou est fortement soutenue par le gouvernement américain. Ainsi la redélégation du domaine afghan s'était faite très rapidement après la chute des talibans. Les irakiens indiquent qu'ils ont calqué leur demande pour le .IQ sur celle qui avait été faite pour le .AF. Le .IQ pourrait donc être rendu aux irakiens avant la fin de cette année.
Le commentaire de DomainesInfo
Même si les irakiens récupèrent le .IQ, l'influence américaine continuera sûrement de se faire sentir. Les propos de Paul Bremer, plaçant l'intérêt du .IQ fermement sur un plan commercial, ainsi que le précédent afghan (lors de sa réouverture, l'extension avait été fortement libérée avec, en gros, l'application du seul principe du premier arrivé, premier servi), laissent à penser que le .IQ sera une extension très ouverte.
Dans un premier temps, cela semble d'ailleurs être une condition sine qua non pour son développement. Une récente étude de l'administration américaine en Irak indique que 6% des irakiens ont accès au web et que 2% l'utilisent régulièrement. Il vaut donc mieux compter sur les sociétés et entrepreneurs étrangers pour réserver des .IQ !
• Abandon Confié en 1997 à un homme d'affaire palestinien installé aux USA, le IQ n'a jamais vraiment été utilisé. • Terrorisme L'actuel gestionnaire du .IQ a été arrêté par le FBI. Il est soupçonné de liens terroristes. • Business First La gestion du .IQ devrait être récupérée par un organisme national irakien. Pour privilégier son développement, l'extension sera vraisemblablement assez libre lors de sa réouverture.