La chaîne anglaise a obtenu un "scoop" par le biais d'un site Internet. Manque de chance, le site est factice… et le scoop aussi.
Le 3 décembre marquait le 20e anniversaire de la catastrophe du Bhopal, en Inde. En décembre 1984, une usine américaine appartenant au géant de l’industrie chimique Union Carbide (racheté par Dow Chemical) explosait et provoquait la mort de milliers d’habitants. A ce jour le site n’a jamais été dépollué et la population locale demeure gravement empoisonnée.
La chaîne télévisuelle anglaise BBC a souhaité revenir sur cette tragédie et lui consacrer une enquête spéciale. Première idée, faire parler Dow Chemical. Le journaliste en charge du dossier a donc tapé "Dow Chemical" dans un moteur de recherche. Les deux premiers résultats obtenus furent www.dow.com et www.dowethics.com.
Copie conforme du site officiel
Le premier est le site officiel de la société. Le second, un site contestataire reprenant la charte graphique de la version officielle mais avec un contenu très différent. Le journaliste, pris au piège, a sélectionné le second et a utilisé la rubrique "Contact Us" pour envoyer un email et solliciter une interview sur la catastrophe.
Malheureusement pour la BBC, le site DowEthics est géré par des activistes alter mondialistes appartenant au groupe des Yes Men, qui oeuvrent pour faire avancer la cause des victimes du Bhopal.
C’est ainsi qu’en direct sur BBC World, le soi-disant porte parole de la société Jude Finisterra (en réalité Andy Bichlbaum qui n’en est pas à son premier coup d’essai) en duplex de Paris, fait une série d'annonces fracassantes : il affirme de manière catégorique que Dow Chemical reconnaît enfin son entière responsabilité dans la catastrophe, qu’un budget de 12 milliards de dollars sera débloqué pour indemniser les victimes, que la dépollution du site sera réalisée, etc…
Dow Chemical qui a réagi au bout de deux heures. Deux heures durant lesquelles cette information a tourné en boucle sur la BBC et a été relayée par les médias Internet notamment.
L'importance de la réputation pour une société
Ces affirmations ont finalement été officiellement et vigoureusement démenties par Dow Chemical. La BBC a stoppé la diffusion de l’interview et a fait un communiqué pour s’excuser auprès de Dow Chemical, des victimes et des téléspectateurs.
Mais pour Dow Chemical, les victimes de la catastrophe et la BBC, le mal est fait. Dans la culture d'entreprise anglo-saxonne, l'image et la réputation d'une entreprise est primordiale. La nouvelle a provoqué la panique dans les milieux boursiers pendant les deux heures entre le "scoop" de la BBC et le démenti de Dow Chemical. L'image des deux sociétés pourrait s'en ressentir sur le long terme. Et on ne parle même pas du désespoir des victimes qui ont caressé, l'espace de deux petites heures, l'espoir d'une indemnisation.
Sur le plan de la gestion de la politique de nommage d'une entreprise, cette mésaventure illustre la nécessité de surveiller, voir de protéger, les noms de domaine à visée politique ou polémique. Car dès lors qu'un site leur est associé, ces noms peuvent avoir des répercussions spectaculaires en terme d'image.