Stuart Lynn, le Président de l’Icann, s'explique dans Domaines.info
Stuart Lynn, le controversé président de l’Icann quittera ses fonctions en mars 2003. Il laisse une réforme inachevée et de nombreux détracteurs pour qui cet universitaire symbolise la tentation hégémonique américaine sur l’internet.
Pour la première fois, l’homme qui est en charge de la gestion du nommage sur Internet – et par conséquent du fonctionnement de la toile elle-même – s’exprime en direct dans un média français.
Il s'explique sur son action, mais donne également son avis sur les grands sujets du moment : la libéralisation de la zone chinoise et le lancement du .EU dont le président de l'Icann estime qu'elle "sera une nouvelle pièce très importante de l’espace de nommage de premier niveau".
La critique, Stuart Lynn a appris à vivre avec. Depuis qu’il est devenu président et «Chief Executive Officer» de l’Icann en mars 2001, il l’affronte au quotidien. A tel point que pour certains, cet universitaire, ancien vice-président de l’Université de Californie, semble personnifier les griefs contre l’Icann, l’organisme en charge du nommage sur Internet.
Ceux là ne regretterons donc pas de le voir quitter son poste en mars 2003. Il laissera derrière lui un projet de réforme de l’Icann tout aussi contesté que l’est l’organisme lui-même. A titre personnel, on l’accuse de nombreux maux, dont celui de vouloir écarter les utilisateurs lambda du fonctionnement de l’Icann, de privilégier les intérêts financiers et commerciaux des entreprises américaines et non ceux d’un Internet mondial ou encore de déconsidérer les registres en charge de la gestion des extensions nationales comme le FR au profit des extensions dites génériques comme le COM. Rien de moins.
Face à tant de mécontentement, l’homme reste fidèle à une certaine idée de ce que l’Icann devrait être ou n’être pas. Une rigidité renforcée par la critique constante de ses détracteurs qui oublient peut être trop souvent que l’organisme qui gère la toile mondiale n’a rien de la World Company. Dans ses bureaux de Marina Del Ray, en Californie, ne travaillent en effet à plein temps qu’une douzaine de personnes. Et, statut d’entité à but non lucratif oblige, le personnel de l’Icann doit faire avec le budget qu’on lui aloue, même si ce dernier se révèle nettement insuffisant.
DI : L'un des principaux sujets de ce meeting étant la réforme de l'Icann, pouvez-vous nous dire ce qui ne va pas ?
SL : En février dernier j’ai publié un texte pour souligner trois des principaux problèmes qui se posent à l’Icann. Le premier est de s’assurer que nos partenaires et nos actionnaires s’impliquent comme cela était prévu lors de la création de l’Icann. Car nous n’avons pas de pouvoirs spéciaux. Ce sont les accords que les gens acceptent de passer avec nous qui nous permettent de fonctionner.
Deuxième problème : le processus de prise de décision. Il est bien entendu très important pour une entité aussi diversifiée que l’Icann mais nous en étions arrivés au point où la procédure comptaient plus que l’efficacité. Il faut inverser cette tendance et placer l’efficacité – faire les choses – avant la procédure.
Enfin, dernier problème, notre budget est bien trop insuffisant pour nous permettre d’effectuer le travail que nous avons à faire.
Suite à mon texte, le conseil d’administration a créé un comité de travail en mars dernier (le «Committee on Icann Evolution and Reform» – ndr), à Ghana, qui est dirigé par Alejandro Pisanty (également vice-président du conseil d’administration de l’Icann - ndr). Ce comité a déjà fait de l’excellent travail pour proposer des solutions aux problèmes que j’avais identifiés. La réunion d’Amsterdam marque pour ainsi dire la dernière étape de ce processus.
Le comité a conçu un projet de réforme qui a ensuite été modifié suite aux commentaires de la communauté. Il a été adopté il y a deux mois, à Shanghai. Cette réunion ne porte donc pas autant sur le plan lui-même que sur la manière de le mettre en pratique.
L’Icann est critiqué pour ce qui est perçue comme son intention de supprimer la représentation « At Large » en faveur d’un processus de décision plus fermé. Pensez-vous que ces critiques soient justifiées ?
Non. Ces critiques émanent en fait de quelques individus peu nombreux mais qui font beaucoup de bruit. Elles ne représentent pas nécessairement l’avis de la communauté entière.
Lors de sa réunion d’Accra, au Ghana, le conseil d’administration a décidé de faire la différence entre le principe d’une consultation « At Large » (ouverte à tous – ndr) et celui d’élections en ligne. Pour de nombreuses personnes, les élections en ligne sont une sorte de baromètre du bon fonctionnement d’une consultation ouverte à tous. C’est en effet une façon de faire les choses, mais qui ne semble pas fonctionner. Car aujourd’hui, personne ne sait organiser une élection mondiale qui soit totalement sécurisée et qui ne présente aucune possibilité de fraude.
Ce que le conseil cherche à obtenir c’est une implication réelle. Pas quelqu’un qui vote une fois tous les trois ans et qui disparaît le reste du temps. Mais comment obtenir une réelle participation des gens au fonctionnement de l’Icann ? Le travail fait par le comité d’organisation de la consultation At Large (« At Large Organising Committee ») qui a débouché sur la création du comité At Large de consultation (« At Large Advisory Committee ») me semble être un premier pas très important.
Dans l’avenir, il n’est pas dit que nous ne puissions pas à nouveau nous pencher sur le principe d’élections. Mais le conseil est persuadé que dans la situation actuelle, sa décision est la bonne. Une élection en ligne n’est pas une fin en soit. C’est une manière parmi d’autres d’essayer d’impliquer les utilisateurs dans notre processus de développement.
Certains Européens estiment que l’Icann est trop proche du gouvernement américain et de son « Departement of Commerce ». Quel est votre vrai degré d’indépendance ?
Le mot indépendance est intéressant. Je ne sais pas vraiment ce qu’il veut dire. Nous avons un accord avec le département du commerce américain, un « Momerandum Of Understanding ». La raison est que historiquement, c’est le département du commerce qui est responsable de la racine de l’Internet. L’Internet ayant été créé en Amérique.
D’un autre côté, notre organisme est vraiment mondial. Treize de nos dix-neuf directeurs ne sont pas américains. Nous avons une participation mondiale et nos réunions sont organisées partout dans le monde pour l’encourager. N’importe quel gouvernement peut participer à notre comité de conseil gouvernemental («Government Advisory Committee»). Nous dialoguons avec les gens et les gouvernements de tous les pays du monde.
Le département du commerce a tout à fait conscience de sa responsabilité au niveau mondial sur ce secteur. Mais sans une structure institutionnalisée sur laquelle les gens peuvent compter, il n’est pas possible de parler de vraie portée mondiale. Est-ce que l’Internet fonctionne ? Oui. N’est-ce pas là le meilleur test ?
Certains pensent que votre mission est de faire en sorte que l’Internet reste américain…
Les gens peuvent avoir toute sorte de phantasmes ou de peurs. Personne ne m’a jamais donné cette mission. Regardez ce que le département du commerce a pu dire et ce pourquoi l’Icann a été créée, c’est justement l’inverse. Notre but est d’internationaliser autant que possible.
L’Internet est un phénomène planétaire. Il n’est pas Américain. Son fonctionnement dépend d’une collaboration mondiale. Il y a des domaines nationaux comme des domaines génériques. D’ailleurs, même ces domaines génériques ne sont pas américain à 100%. Ainsi le NAME est basé en Angleterre et peu de gens savent que Afilias, qui gère INFO, est une société irlandaise.
Notre mission est de nous assurer que l’Internet fonctionne vraiment, qu’il est stable et qu’il est vraiment l’outil enrichissant et gratifiant que le monde entier souhaite utiliser. Aujourd’hui, ce n’est pas en Amérique que l’Internet se développe le plus mais ailleurs. Nous avons au moins un demi milliard d’utilisateur dans le monde.
La Chine libéralise son extension en partenariat avec une société américaine. Il y a là aussi une inquiétude de vous voir à la botte de sociétés américaines comme Neustar ou Verisign.
Les gens peuvent voir des complots partout. Mais parfois il n'y a pas d'arbre qui cache la forêt. Les gens de DotCN ont souhaité travailler avec Neustar et c’est leur droit. Il y a à la tête de DotCN des gens très responsables qui ont pleine conscience du développement de l’Internet.
Depuis un an et demi que je fais ce travail, je suis vraiment étonné d’entendre parler de tous ces complots que les gens imaginent. Il y en a même plus que pour l'assassinat de Kennedy !
La communauté des ccTLD semble mal ressentir la priorité qu’elle pense voir donnée aux gTLD, surtout sachant qu’elle apporte 30% du financement de l’Icann…
Pas du tout. Les ccTLDs apportent moins de 10% du financement de l’Icann. Peut-être confondez-vous avec un chiffre qui est souvent donné comme étant le but à atteindre pour les contributions de ce type, mais nous en sommes très loin.
Les ccTLD qui n’ont pas d’accord concret peuvent contribuer ce qu’ils veulent. Nous donnons une indication de ce qu’il nous semble être un juste niveau de contribution. Certains sont bien plus généreux et d’autre beaucoup moins. Certains ne donnent même rien, comme Nominet (le registre de la zone UK) cette année. Les contributions ne sont pas obligatoires et le financement de l’Icann ne peut dépendre de contributions volontaires.
Des organisations comme Nominet mettre très en avant leur désir d’obtenir une plus grande indépendance. L’Icann devrait-elle la donner ?
Qu’est-ce que l’Icann a bien pu faire à Nominet ?
Ils semblent penser qu’ils devraient être les seuls décisionnaires en ce qui concerne la zone UK…
C’est déjà presque le cas. Le fonctionnement des ccTLDs est décidé localement à 98%. Mais il y a certaines mesures qui doivent se prendre au niveau mondial. La plus importante est l’adoption des standards techniques internationaux pour garantir l’interopérabilité du Net. Nominet doit comprendre que sur Internet, l’Angleterre n’est pas une île ! Si la zone UK s’arrêtait de fonctionner, ce qui n’arrivera pas car ce registre est très bien géré, les répercussions seraient mondiales. De la même façon que si d’autres ccTLD ou l’un des gTLD s’arrêtaient de fonctionner, cela ferait beaucoup de mécontents en Angleterre.
L’internet et mondial. Personne n’est une île. Il y a certains domaines où il nous faut travailler tous ensemble pour établir des règles de fonctionnement globales. C’est une des raisons pour laquelle, dans le cadre de notre processus de réforme, le ccNSO (l’organisme de soutien des ccTLD auprès de l’Icann – ndr) doit permettre de mettre sur pied une politique de développement globale pour les ccTLD. Mais cette politique ne peut être dictée d’en haut. Nous aurions espéré que des gens comme Willie Black (le directeur de Nominet - ndr) préfèreraient mettre la main à la pâte et participer à son développement plutôt que de toujours vouloir rester en marge et répéter qu’il n’y a pas politique globale à avoir.
Nous sommes très content de voir le EU avancer. C’est un sujet très complexe et donc sa naissance a été difficile. Mais je crois que la Commission Européenne et les Etats Membres travaillent très dur pour le créer et nous sommes impatients de le voir arriver. Je pense que le EU sera une nouvelle pièce très importante de l’espace de nommage de premier niveau.
Pour vous, le EU est un rival du COM ou une sorte de US à l’européenne ?
Je ne pense pas qu’il faille essayer de le classifier de la sorte. Je pense qu’il rempli un besoin que la CE a identifié. Mais le marché est très difficile à prédire. Nous verrons bien. Je l’attends avec impatience et je pense qu’il sera couronné de succès.
L’Icann ayant elle-même lancé 7 nouveaux TLD, quels conseils donneriez-vous à la CE pour réussir le lancement du EU ?
Il vaut bien mieux poser la question à ceux qui ont fait le vrai boulot, les gestionnaires des nouvelles extensions. Ce sont eux qui ont dû résoudre les grands problèmes, surtout en ce qui concerne les extensions libres.
Je pense que leur principal conseil serait de ne pas penser que, simplement parce que le EU existe, il va marcher. Il faudra un marketing et une promotion très créatifs pour expliquer ce qui fait du EU une extension importante.
Mais il est aussi important de comprendre que les décisions d’enregistrement de noms de domaine ne sont pas forcément mono dimensionnelles. Ce n’est pas toujours une question de prendre ça ou ça. Parfois on choisi de prendre ça et ça parce que cela permet de s’ouvrir à des marchés différents ou de s’adresser à communautés différentes. Certains critiquent en disant que si on a déjà un nom de domaine dans telle zone, enregistrer le même nom dans un nouveau TLD est redondant, c’est un gaspillage. Je ne partage pas cet avis. Avoir la possibilité de toucher différents marchés et différentes communautés de différentes façon n’est pas une mauvaise idée.
Comment voyez-vous l’évolution du système de nommage en 2003 ?
Je quitte ce poste en mars et je préfère donc laisser les prédictions à celui qui me remplacera. Disons qu’il y a actuellement du travail de fait sur différents secteurs, qui peuvent paraître obscurs mais qui sont en fait très importants pour les utilisateurs.
Il y a la question des fiches et des données WHOIS, de comment gérer les transferts, de comment donner aux utilisateurs la possibilité de ne pas avoir à renouveler aussi rapidement leur nom par peur de le perdre… Nous parlons aussi de la possibilité de créer trois nouveaux TLD sponsorisés (c’est à dire avec des conditions d’enregistrement liées à la communauté que le TLD doit servir, comme le AERO ou le MUSEUM – ndr).
La baisse du nombre d’enregistrement de noms de domaine vous inquiète-t-elle ?
En fait, le nombre d’enregistrement augmente à nouveau depuis quelque temps. L’économie mondiale a marqué le pas alors pourquoi les noms de domaine seraient-ils épargnés ? Mais l’espace de nommage augmente à nouveau et je trouve cela très encourageant.
b>Il y a récemment eu deux attaques importantes contre l’Internet, une visant les serveurs racines et l’autres ceux du INFO. Cela vous inquiète-t-il ?
Je ne me dirais pas inquiet. Je n’y pense pas au point de ne pas pouvoir dormir. La communauté Internet s’est toujours senti concernée par la sécurité. Elle n’a pas découvert le mot sécurité le 11 septembre ! Nous prenons la sécurité très au sérieux.
La sécurité du système de nommage m’inquiète-t-elle ? Pas vraiment. Le DNS est un système très robuste. Ce qu’il faut retenir des deux attaques dont vous parlez est que, d’après mes informations, aucun utilisateur n’a été affecté. Bien entendu, nous ne pouvons pas dire que ce sera toujours le cas et il y a des leçons à apprendre. Mais je peux vous dire que des gens très intelligents se penchent sur la question et prendront les mesures qui s’imposent.
Vous avez parlé de votre départ prochain. Est-ce un soulagement pour vous de quitter l’Icann et resterez-vous impliqué dans son fonctionnement ?
Je n’en ai aucune idée. Je serai là pour aider mon successeur tout comme mon prédécesseur Mike Roberts m’a énormément aidé. Suis-je content de prendre ma retraite ? C’est la troisième fois que j’essaye. J’ai déjà échoué et j’échouerai peut-être à nouveau. Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que j’ai besoin de passer plus de temps avec ma famille et mes petits enfants et moins à travailler 7 jours sur 7, même si ce travail est excitant et important. Malgré les critiques que l’on peut entendre, mon travail avec l’Icann a été très gratifiant et je suis très confiant pour l’avenir de l’Icann. Je suis certain que mon successeur pourra la faire progresser de la bonne manière.
Interview with Stuart Lynn, ICANN President and CEO. ICANN 2002 annual meeting, Sheraton Amsterdam Airport Hotel, Schiphol Airport (Holland).
SVG: The main point on the agenda of this meeting being to reform ICANN, can you tell me what's wrong with it? SL: Last February I published a paper that described 3 principal problems that ICANN faced if we were going to move forward successfully in the future.
The first problem was ensuring that our partners and stakeholders were coming to the table in the way that we'd envisaged in the formation of ICANN. ICANN depends on agreements. We have no special powers other than the agreements that people voluntarily enter into.
The second problem that I described: process is important in a very diverse world such as ICANN but we were getting to the point where process was being put ahead of effectiveness. So we had to reverse the balance to put effectiveness - getting things done - ahead of process.
The third problem was that ICANN was seriously under-funded for the work that needs to be done.
The result of my paper was that the board appointed an evolution committee in March, in Ghana, under the chair of Alejandro Pisanty (vice-chairman of the board of directors of ICANN). That committee has done wonderful work with the community in coming forward with ways of addressing many of the problems that I raised and this meeting is, with some exceptions, almost the final point of the work that they've done. They've produced a plan, they've refined the plan based on comment from the community. The plan for where we go was adopted two months ago in Shanghai. This meeting is focusing not so much on the plan itself but on how do we get to that point - to how do we make the transition.
ICANN has received criticism for what is seen as it's desire to move away from at large representation and adopt a more closed system of decision making. Do you feel this is justified? No. When you say "criticism", that's relatively few people who are very vocal. This is not necessarily a shared view by everybody across the world. The board decided at its meeting in Accra: let's differentiate between at large involvement and on-line elections. A lot of people think on-line elections is the litmus test of at large involvement. That's one way to do it and in fact it's one way that's been shown not to be a successful way of doing it. No one knows how to conduct global elections that are free of fraud and capture at this point in time.
What the board is focussing on is real involvement, not someone voting every three years then disappearing in the woodwork. But how do you get people to really participate in the ICANN process and the ICANN structure? The work that's been done by the At Large Organising Committee that's led to the At Large Advisory Committee notion is, I think, a very important first step towards meaningful participation by more individuals, on a continuing basis in the policy development process of ICANN.
Now at some point in the future as these organisations build up, it doesn't mean we won't revisit the notion of elections. But the board is convinced this is the right step to take today. On-line elections are not an end in themselves, they're one way to try and accomplish real involvement of users into the process.
Some Europeans seem to view ICANN is being too close to the American Dept of Commerce. How independent are you? Independent is an interesting word. I don't quite know what that means. We have an agreement with the department of commerce, or a Memorandum Of Understanding. The reason is, historically the department of commerce has the responsibility for the Internet root. The Internet was started in America and these are legitimate things.
On the other hand we are a very global organisation. Thirteen of our nineteen directors are from outside of the United States. We have participation from all over the world. Our meetings are held all over the world to encourage that participation. We have a Government Advisory Committee that any government of any defined country or economic zone can participate in and help encourage the ICANN processes. We talk with people from countries and from governments all over the world.
The US department of commerce is fully conscious of its global responsibility in that world. But until you have an institutionalized structure that people can depend on, the time does not yet come when you can talk about having something that is totally globalised.
Does the Internet fail? It works. Isn't that the ultimate test?
Some people worry that your mandate is to keep the Internet American... People can have all sorts of fantasies and fears. No one's told me that. If you look at what the department of commerce has said in the past and if you look at what ICANN was set up to do in the White Paper it's exactly the opposite of that. It's to internationalize as much as possible.
The Internet is a global phenomenon. It's not American. It depends on the collaborative efforts of people from all over the world. You have country-code Top Level Domains as well as generic ones. Even those generic names aren't all American by any means. DotName is based in the UK and a lot of people don't realize that Afilias, that runs DotInfo, is an Irish company.
Let's focus on making sure the Internet really works and is stable as the kind of enriching environment that people all over the world want to see. The big growth in the Internet now is not in the United States but outside of it, with at least half a billion users around the world.
We're seeing China open up its domain through an American company. Some people also worry that the strong presence of American companies like Neustar or Verisign is preventing you from having a global mandate… People have all sorts of dreams and fantasies, all sorts of paranoia or conspiracy theories... Sometimes a spade is a spade. DotCN decided they wanted an arrangement with Neustar, that's what the free marketplace is about. I know that the management of DotCN are very responsible people who are very conscious of the growth of the Internet.
I've been in this job now for a year and a half and I'm amazed there's more conspiracy theories around than who killed Kennedy!
There seems to be some feeling in the ccTLD community that the gTLDs are considered the big players at ICANN, even though ccTLDs finance 30% of ICANN... No they don't. Less than 10% of the actual funding support of ICANN comes from ccTLDs. What you may be confusing with is a number that gets said as a target number for contributions that's much much higher than ever gets contributed. For ccTLDs that are not under agreement, they make voluntary contributions. We set a kind of fair share level. Some contribute generously more than their fair share and some give far less and some give nothing, like Nominet and DotUK who this year gave nothing. Contribution is not a requirement and the ICANN budget cannot be dependant on voluntary contributions.
People like Nominet have been very vocal in asking for more independence. Should ICANN give it? What is it that ICANN has ever done to Nominet?
It seems they feel they ought to be the ones making all the decisions concerning DotUK. They pretty well do. The policy for ccTLDs is 98% locally decided and defined. There are some global policies. For example the most important one is to agree to abide by global technical standards for interoperability. Nominet, the DotUK, is not an island. If DotUk were to fail - it won't, it's a very well run registry - that would be of significance to people all over the world.
Similarly if ccTLDs or gTLDS were to fail elsewhere, a lot of people in the UK would be mighty upset about that. We have a global Internet. No one's an island. There are some areas where we need to come together and form global policies and that's one of the reasons as part of reform, we're working to establish this ccNSO as a global policy development organisation for the ccTLDs. But it has to be bottom-up. We hope that someone like Willie Black (Nominet chairman) would put his shoulder behind the wheel and help participate in that instead of always wanting to be outside the tent and saying there are no global policies when clearly there are.
What's your feeling on the DotEU launch? We're very encouraged to see DotEu moving forward. It's been a difficult journey because it's a very complex matter. But I think that the European Commission and the member states are working very hard to bring it about and we are looking forward to it. I think it will be a very important addition to the top level domain space.
How would you see it? As a competitor to DotCom or as a kind of European DotUs? I'm not sure I would try and characterize it that way. I think it will fill a need that the EC perceived. But it's awfully hard to predict the market place and who will do things. We'll see. I'm looking forward to it. I think it will be a very interesting launch and I'm sure it will be very successful.
Having launched 7 new TLDs, what advice would you have for the EC to get the EU launch right? They're better off talking to the people who actually did the hard work on that, which were the operators of the new TLDs. They are the ones who had to come to grips with some very difficult problems, particularly for the unsponsored space.
I would think that they would say for sure, just don't assume that you can just build it and they will come. It's going to take some very creative marketing and promotion to help define why DotEu is an important name for someone to have.
But what's important to recognize is that institutions aren't uni-dimensional in their view of "do I choose this or that". They choose this and that because you want to find different avenues to different marketplaces, or different access to different user communities. Some people criticize that and say that if you have a domain name here and you make a new TLD and they buy on there then that's redundant and a waste. I'm not sure I share that view. Different paths to different kinds of communities and marketplaces are not a bad idea.
It's the end of the year, a time when it's customary to make predictions. How do you predict the Domain Name System will evolve in 2003? I'm stepping down from this job in March so I'll leave those kind of predictions to my successor. But there are a number of areas which are being looked at right now which may sound like the plumbing but are very important to users.
Questions that deal with the WHOIS data, how to handle transfers, how to make it better for users not to have to renew in such a hurry for fear of loosing their domain name. We're talking about the possibility of three new sponsored TLDs. Whether that comes or not is not the important question. I think this will be the year that ICANN seriously comes to grips with "how do we evolve the top level domain name space in the future?"
Are you worried about the downward trend in domain name registrations we saw in 2002? It's actually picked up lately. The whole economy's been dwindling, why should the namespace be any different? It's been expanding recently and I think that's a very encouraging sign.
Are you worried about security after the two recent large-scale attacks on the root nameservers and DotInfo's nameservers? Worry is the wrong word. I don't lie awake at night worrying about it. The Internet community has always been concerned about security. It didn't invent security on September 11th. We take security very seriously.
Do I have added concerns about security for the DNS space? Not really. The DNS is a very robust system. The important thing about those DOS attacks is not that we don't have lessons to learn from it, we always do. The root server operators are already taking action as a result of it.
But the important thing is that no user was affected by it that I've learned about. The domain name system itself was able to withstand that attack without a user being affected. Can we predict that will always be the case? Absolutely not. But I can tell you that we have some pretty smart people who are constantly concerned, always have been. They are looking at these issues and will take the most important steps that are needed.
You mentioned that you will step down in March. Is that a relief and will you stay involved in some way? I have no idea. I'm going to help ICANN make as smooth a transition as possible. I will be available to help my successor in anyway I can just as my predecessor Mike Roberts was enormously helpful to me.
Am I looking forward to retirement? Well this is my third attempt. I've failed before, maybe I'll fail this time I don't know. But I do know that I need to spend more time with my family and my grand children and less time on a 7 by 24 job, however exciting and important this job is. It's been very rewarding and despite some of the criticism you hear, I feel very confident for ICANN and that my successor will be able to move it forward in very good ways.
Source : Interview réalisée le 14 décembre 2002 à Schiphol, Amsterdam, lors de la réunion annuelle de l’Icann.