Contrôle de l'internet: ultimes tractations avant ouverture
Le Sommet mondial sur la société de l'information ouvre à Tunis
Cent-soixante-dix pays étaient engagés dimanche à Tunis dans d'ultimes tractations au sujet du contrôle de l'internet, qui divise les Etats-Unis et le reste du monde, à trois jours du démarrage officiel du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI).
Une réunion préparatoire au SMSI s'est ouverte dimanche en milieu de journée au Palais des expositions de la capitale tunisienne au niveau des ambassadeurs, dans l'espoir de parvenir à un consensus sur un système mondial de régulation de la toile rapportait dimanche le correspondant de l'AFP.
L'ICANN, une société de droit privée, certes ouverte et internationale, mais installée aux États-Unis et fonctionnant sous contrat du gouvernement américain tient actuellement la haute main sur le réseau mondial.
Cela est évidemment insupportable pour de nombreux pays dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont pas tous les mêmes conceptions sur la liberté et la censure, ou sur la nécessité ou non de favoriser l’accès à l’Internet des populations les moins développées.
L'UE opère un virage à 180 degrés
Les USA ont tenu à affirmer leur position suite à la publication par la délégation de l'Union Européenne d'une proposition visant à modifier la façon dont l'Internet est géré. Jusqu'alors plutôt en faveur d'une sorte de statu quo, c'est-à-dire de ne pas remplacer les actuelles instances dirigeantes comme l'ICANN, l'Union a opéré un virage à 180 degrés en soutenant la création d'un forum international multipartite.
Cette idée est perçue par les Américains comme une attaque directe puisque, d'après un communiqué de l'UIT (l'Union Internationale des Télécommunications), grande rivale de l'ICANN dans la lutte pour la gouvernance de l'Internet et principale organisatrice du SMSI, « dans la forme où il est proposé, le nouveau modèle encouragerait l'élaboration de principes de politiques publiques et contiendrait des dispositions prévoyant une attribution par bloc équitable de numéros IP à l'échelle mondiale ainsi que des procédures permettant de changer le système de fichiers de la zone racine pour pouvoir insérer de nouveaux domaines de premier niveau et changer les gestionnaires des domaines de premier niveau correspondant à des codes de pays (ccTLD). » Ces fonctions sont actuellement placées directement sous l'égide de l'ICANN…
Cent conducteurs pour un seul bus.
Sans surprise, la volonté manifeste affichée par les Nations Unies de reprendre l'Internet aux Américains commence à faire grincer beaucoup de dents outre Atlantique.
Washington fait valoir qu'une telle évolution pourrait donner un droit de regard sur le fonctionnement du réseau des réseaux à des pays qui répriment la liberté d'expression sur le net.
Plus concrètement, Michael Gallagher, le vice-secrétaire au Commerce a déclaré que "Ce serait comme avoir plus de cent conducteurs pour un seul bus. A l'heure actuelle nous avons un seul conducteur et jusqu'ici, il a fait du bon boulot".