Auteur d'une lettre d'information sur les noms de domaine diffusée depuis 1998, fondateur du Club Noms de domaine , Loïc Damilaville est un observateur avisé du monde du nommage sur Internet. Pour sa deuxième chronique dans Domaines.Info, il dévoile les nouvelles stratégies des cybersquatteurs et la façon dont ils utilisent parfois les réseaux d'affiliation.
Stéphane Van Gelder
Rédacteur en chef
L’éternel combat de l’épée et du bouclier se retrouve bien dans la lutte opposant les cybersquatters aux titulaires de marques – voire aux éditeurs de sites ayant un trafic à protéger, car la simple usurpation des marques n’est plus au cœur de la bataille comme elle pouvait l’être avant l’émergence des techniques de tasting et de parking.
En ce qui concerne le tasting, l’ICANN s’efforce actuellement de juguler les abus et vient d’approuver les mesures prises dans ce sens par les registres du .BIZ et du .INFO, après celles du .ORG. Le parking vit de son côté des jours troublés du fait de la tendance à la baisse du taux de clic et des orientations prises par Google ou Yahoo. Ces évolutions menaçantes incitent certains cybersquatters – on pourrait à présent les appeler "trafficsquatters" - à développer de nouvelles stratégies susceptibles de contourner les obstacles mis en travers de leur chemin.
Vraie ou fausse affiliation ?
Une technique assez prometteuse que je prendrai ici pour exemple est de maquiller l’action de cybersquatting en partenariat avec la marque ciblée. Les réseaux d’affiliation sont particulièrement exposés à ce genre d’attaques, car regroupant souvent pléthores de sites en vertu du principe de la "longue traîne". Rien de plus facile que de devenir "affilié" de certaines grandes marques ayant compris l’intérêt de l’affiliation en tant que mode de promotion de leurs produits ou de simple création de trafic.
Le système fonctionne sur la base d’une rémunération de l’affilié par l’affilieur, variant selon les cas (au click, au profil, au client). Dans tous les cas, le travail de l’affilié va consister à attirer le plus possible de visiteurs vers une page présentant des liens vers ses affilieurs. Et c’est dans ce contexte qu’il va assez naturellement chercher à développer des stratégies de nommage susceptibles de lui apporter ce trafic, entrant par là-même en concurrence directe avec son affilieur, mais dans le cadre d’une collaboration. Pour l’affilieur, le schéma est mi-figue mi-raisin : s’il récupère bien in fine le trafic induit par les noms de domaine déposés par l’affilié, il rémunère celui-ci pour des visiteurs qu’il aurait pu capter lui-même en déposant directement les noms de domaine. Ainsi l’affilié est-il "récompensé" pour sa maîtrise des techniques de création de trafic, et l’affilieur "puni" pour ne pas les avoir prises en compte.
Des "coûts cachés" pour l'affilieur
Ce genre de situation présente d’autres "coûts cachés" pour l’affilieur : ainsi de la confusion que ces noms peuvent créer autour de la marque, dans la mesure où ils sont repointés vers une page intermédiaire s’affichant plus d’une demi-seconde. Mais aussi les incidences parfois très dommageables qu’une stratégie de nommage incontrôlée peut avoir sur le référencement et la visibilité des sites officiels de l’affilieur, certains moteurs dont Google ayant mis en place des politiques destinées à lutter contre ce qu’ils jugent être des abus pouvant induire les internautes en erreur. Occupation de terrain tout azimut ou maîtrise organisée de la présence sur internet ?
La balle est dans le camp des affilieurs.
• Partenariat maquillé Les cybersquatteurs utilisent les systèmes d'affiliation pour revendiquer des partenariats avec des marques qu'ils ciblent. Le but est de profiter d'un programme d'affiliation pour déposer des noms de domaine autour de la marque en question. Le cybersquatteur peut alors bénéficier de la notoriété de la marque sur les noms de domaine déposés, alors même que ces derniers n'entrent pas dans le cadre du programme d'affiliation.