La chronique du Forum sur la Gouvernance de l'Internet (FGI)
Responsable Internet du Groupe SAFRAN, Chantal Lebrument a participé au Sommet Mondial sur la Société de l'Information au sein de la délégation France. Dans le prolongement du SMSI, elle était à la réunion préparatoire du FGI organisée à Genève les 16 et 17 février derniers. Pour mieux comprendre ce qui s'y est passé, elle nous livre sa vision experte et réaliste.
En ouverture de session le Président Nikin Desaï a rappelé le succès du Sommet de Tunis et son budget équilibré malgré le coût énorme de l’opération.
A Genève, les deux jours de réunions ont été principalement consacrées à des problèmes de “gomme & crayons”: Athènes, oui - 2 jours, 3 jours, plus ? – une fois par an ?? Les références à un FGI ouvert, inclusif et multilingue étant acté, les pays les plus en retrait dont les USA ont demandé le minima : 2 jours par an avec un Comité de Direction restreint et un panel"d’experts"…
Pas du tout au goût des représentants d’autres pays regroupés en Like Minded Countries (8 pays qui partagent donc un "esprit commun") à Genève, puis en Like Minded Group (15 pays) à Tunis, et ici au FGI en G77 & China (77 pays ?). C’est donc une écrasante majorité des participants qui souhaite un changement radical dans le fonctionnement de l’Internet.
Les discussions ont achoppées sur les modalités de la 1ère réunion du FGI à Athènes et le problème de la représentativité et de la gestion de l’événement. Tous demandaient un Bureau et un Secrétariat léger et efficace. Dommage qu’il ait fallu attendre la fin du 2ème jour pour apprendre que le Bureau serait statutairement composé des 3 personnes ayant supervisé le Sommet de Tunis, cela aurait évité les litanies des délégations reprenant toutes les mêmes idées sur sa composition.
L'ISOC en régulateur au lieu de l'ONU !
Bien que coulé dans le marbre tunisien, la demande de modification de la Gouvernance n’a jamais été évoquée. Le sujet demeure cependant d’actualité et chaque délégation épluche les déclarations en ce sens : un contresens de traduction donnant l’ISOC au lieu de l’ONU comme organisme référant pour le FGI en a réveillé quelques uns. Ce qui a fait dire à l’un des membres que la lutte de pouvoir était plutôt dans cette salle que dans l’Internet…
Le flou de l’organisation prévue pour le FGI a mené une délégation à exprimer sa vision d’une réunion à Athènes de deux jours : le 1er réservé aux discours et à la cérémonie d’ouverture et le 2ème à la fiesta. La salle a apprécié mais le contrevenant aux règles onusiennes du fair-play et de la diplomatie s’est fait vertement réprimé par le président Masood Khan.
Le FGI en prolongement du SMSI
Cependant des points importants ont été actés : le FGI est bien sous contrôle de l’ONU, avec certaines des règles onusiennes (gestion, Secrétariat, Rapport, traductions en six langues) et d’autres comme la représentativité géographique, la participation de tous les secteurs.
Il est clair que le processus du SMSI trouve dans le FGI son prolongement naturel. Les problèmes évoqués n’ont pas été résolus : l’Internet est menacé de fragmentation, les pays en voie de développement ont toujours autant de problèmes de connectivité et la participation est toujours aussi difficile (un délégué important de la zone Amérique Latine a fait 20h de voyage et a raté la 1ère journée). Les visas sont également un obstacle aux réunions physiques (Schengen + visa Suisse pour Genève). Impossible aussi de s’interdire de parler de sujets évoqués dans d’autres instances où la représentation est très inégalitaire. L’hypothèse de travailler via l’Internet (forum, site, mails) a été écartée par les participants, les plus intéressés étant justement ceux qui n’arrivent pas à se connecter…
L'ICANN invisible
C’est donc bien d’une nouvelle manière de concevoir l’Internet dont il est question au FGI. Comme l’a résumé le Président Nikin Desaï: "on doit inventer un process qui n’existe pas", novateur, hybride, mâtinée d’ONU, de GAC (le Governmental Advisory Committee ou Comité Consultatif Gouvernemental de l'ICANN), de PNUD (le Programme des Nations Unies pour le Développement)... En voulant mettre à plat les règles, on s’aperçoit qu’il n’y en a pas et on se retrouve devant la tâche immense de devoir réinventer la roue numérique.
Même si les problèmes de fond n’ont été qu’effleurés (connectivité, multilinguisme) l’apparition du G77 & China donne à réfléchir à ceux qui avaient prévu de laisser traîner les problèmes. La prise en main onusienne coupe l’herbe sous les pieds de l’ICANN, acteur majeur et totalement invisible lors de ces deux journées.
Chantal LEBRUMENT.
Responsable Internet Groupe, SAFRAN.