Second marché des noms de domaine: quand occasion rime avec monétisation
Le second marché est aujourd'hui une réalité économique illustrée par le nombre et le prix des transactions. Dans ce dossier exclusif, Maître Marie-Emmanuelle Haas décrypte cette industrie en pleine expansion.
L’industrie des noms de domaine se développe avec cette activité de revente, ainsi qu’avec le développement de techniques de référencement qui utilisent notamment le nom de domaine pour générer des revenus en fonction du trafic, ou encore avec le "parking" de noms de domaine. Le "parking" est une technique qui utilise le nom de domaine à des fins publicitaires, pour générer des liens vers les sites de tiers, avec un mode de rémunération associé. C’est la "monétisation" des noms de domaine.
Des ventes à plusieurs millions
L’expression "second marché" fait référence à l’expression anglaise second hand qui signifie "d’occasion", puisqu’il s’agit en effet de noms de domaine d’occasion, c’est-à-dire déjà enregistrés et dont le transfert est négocié en contrepartie du versement d’une somme dont le montant peut être extrêmement variable.
La plus grosse transaction de l’histoire est celle de sex.com pour 14 millions de dollars en 2006, suivie de business.com pour 7 500 000 $ en 1999. En 1996, worldwideweb.com a été vendu pour 3 500 000 $. Parmi d’autres exemples de transfert en 2006, peuvent être cités jasmin.com transféré pour 310 250 $, blue.com pour 500 000 $ ou blocks.com pour 130 000 $.
Ici, l'occasion est plus chère que le neuf
Si le marché de l’occasion est en général moins cher que le marché du neuf, ce n’est donc pas le cas du second marché des noms de domaine. La définition par le dictionnaire de l’Académie française du qualificatif d’occasion n’est plus d’actualité : "cela se dit parlant de choses que l’on achète à bon marché, soit parce qu’elles ont déjà servi, soit parce que le marchand est pressé de s’en défaire !"
Il s’agit d’un phénomène de rareté qui est la conséquence de la règle technique dite du "premier arrivé, premier servi" ou encore du "premier arrivé, seul servi".
Les possibilités de rachat peuvent prendre plusieurs formes, soit une négociation, en direct ou par l’intermédiaire d’une place de marché ou d’un prestataire, soit la mise en place d’une surveillance de retombée du nom de domaine dans le domaine public, souvent suivie d’une phase d’enchères entre les candidats à l’enregistrement, aboutissant à l’enregistrement du nom de domaine au plus offrant.
Les industriels des noms de domaine pratiquent cette stratégie de surveillance de la retombée dans le domaine public pour se constituer leur propre "stock" de noms de domaine afin de les exploiter et/ou les revendre.
Le second marché : un débat au niveau international
Selon ce rapport, les profits tirés du marché secondaire des noms de domaine seraient fortement concentrés au sein d’un groupe relativement restreint de professionnels des noms de domaine.
Si l’on essaie de comparer le marché des noms de domaine avec le marché des marques, on observe tout de suite l’énorme fossé entre les noms de domaine et les marques. La rareté du nom de domaine, associé à sa fonction technique d’adressage et de référencement sur l’internet en font un bien dont la valeur est proportionnelle à la puissance de l’Internet et à sa portée mondiale.
Le nom de domaine qui, sur le second marché, a le plus de valeur est le nom de domaine court dit intuitif, c’est-à-dire qu’il s’agit souvent d’un nom de domaine générique ou très évocateur que les internautes utiliseront spontanément dans le cadre de leurs recherches.
A l’inverse, en droit des marques, c’est la "distinctivité" et l’ancienneté de la marque qui font notamment sa valeur. Cette situation montre que les noms de domaine restent avant tout un moyen technique d’assurer la visibilité sur le web et donc la présence économique sur le web.
Le nom de domaine est un bien largement convoité, tant par les industriels du nom de domaine, que par les autres acteurs économiques.
Du bon usage des techniques de transfert
Le phénomène de rareté est appelé à perdurer, avec pour conséquence le développement du second marché. Face à cette réalité, les stratégies d’enregistrement et de protection doivent prendre en compte les possibilités offertes par ce second marché des noms de domaine, pour en bénéficier.
Le simple abonnement à une surveillance de la retombée dans le domaine public peut se révéler par exemple très efficace.
Maître Marie-Emmanuelle Haas dirige le département marques et noms de domaine du cabinet Alain Bensoussan.