Extensions phares saturées, pénuries de nouveaux noms, avantages a l’utilisation d’un nom déjà existant… autant de raisons qui expliquent l’émergence d’un nouveau marché, celui des noms de « seconde main ».
Déjà réservés, puis libérés, ils sont de plus en plus convoités. A tel point que l’Icann vient d’autoriser la mise en place d’un système officiel pour assurer leur reprise. Coup de projecteur sur ces noms d’occasion.
Qu’est-ce qui peut avoir plus de valeur qu’un nouveau nom de domaine ? La réponse : un nom de seconde main. Car ce nom a déjà eu une existence sur Internet. Il a déjà généré du trafic, certains internautes l’ont même peut-être encore en mémoire ou sont habitués à l’utiliser. Son exploitation permet donc de reprendre et de profiter de son historique. Sans parler, bien sûr, de noms génériques comme fenetre.com ou ordinateur.net, dont la valeur est évidente…
Ainsi depuis quelques années, en marge de la réservation des nouveaux noms, une activité de reprise de noms « d’occasion » s'est développée.
Comme c’est souvent le cas, seules les trois zones phares – le .COM, le .NET et le .ORG (CNO) – sont concernées. D’abord parce que, étant les plus populaires, elles sont également celles où les bons noms se font les plus rares.
Sur une zone comme le .COM, qui compte actuellement plus de 21 millions de noms enregistrés, il est évident que les bonnes opportunités de nouveaux dépôts sont bien plus difficile à trouver que sur la zone française .FR, qui ne totalise que 150 000 noms.
De plus, les CNO sont gérées aux USA et fonctionnent sur des bases de données centralisées et avec un système unifié. Cela permet le développement de systèmes de surveillance automatiques capables de fonctionner de manière universelle sur ces trois zones.
Ayant compris l’intérêt pour la reprise de noms déjà enregistrés, de nombreux bureaux d’enregistrement ont développés des systèmes de surveillance. La plupart sont de simples « robots », des programmes qui surveillent le nom à intervalle régulier et lancent une alerte en cas de retombée de ce dernier dans le domaine public.
Pour plusieurs raisons, peu de ces systèmes se sont avérés vraiment efficaces. Souvent trop limités, ils ne permettent pas une automatisation complète de la procédure et laissent donc la porte ouverte à une reprise du nom par quelqu’un d’autre. Car pour s’assurer d’un nom de domaine que de nombreuses autres personnes peuvent vouloir, il faut être capable de réagir au millième de seconde.
Voilà qui explique l’émergence puis le succès de la technologie mise au point par Snapnames pour sécuriser la reprise de noms expirés. Cette société américaine a été fondée en 2000 dans l’unique but d’assurer cette reprise. Elle est aujourd’hui considérée comme l’expert dans ce domaine.
Hautement spécialisées, ses applications sont également complètes, automatisant la surveillance comme le réenregistrement. Leur succès ne dépend pas d’un seul bureau d’enregistrement - Snapnames travaille avec une quinzaine de registrars ce qui permet de multiplier les demandes d’enregistrement pour un nom qui vient de se libérer et donc d’augmenter les chances de reprise.
Enfin elles sont basées sur une parfaite connaissance d’un système très complexe, celui des cycles de suppression des noms de domaine.
Car avant toute chose, on est en droit de se demander pourquoi diable des systèmes compliqués seraient nécessaire pour reprendre un nom d’occasion. Chaque nom enregistré a une date d’expiration qui, dans le cas des zones CNO, sont clairement affichées. Alors ne suffit-il pas de prendre bonne note de cette date et de réenregistrer le nom une fois qu’elle est passée ?
Et bien non. L’expiration d’un nom de domaine ne fait que marquer le début de son «cycle de suppression». Ce cycle comprend plusieurs étapes, qui ne dépendent pas toutes du même intervenant. Dans tout les cas de figure, un nom n’est jamais supprimé immédiatement après sa date d’expiration passée.
Alors comment marche ce cycle de suppression ?
Pour résumer, lorsqu’un nom doit être supprimer (les raisons sont multiples : non paiement de l’annuité, volonté de suppression de l’actuel propriétaire, dépôt de bilan ou même tout simplement un oubli !), le registrar qui l’a enregistré doit en théorie le garder sur ses tablettes au moins 30 jours après sa date d’expiration afin de permettre à son actuel propriétaire de le renouveler.
Passé ce délai – officiellement appelé « délai de grâce » - le registrar supprime le nom de sa base. Le registre est donc informé de cette suppression et peut donc la répercuter sur sa base de données centrale. Ce n’est qu’une fois le nom effacé de cette base qu’il redevient possible de l’enregistrer. Et chaque étape peut être exécutée en un temps aléatoire, qui dépend du mode de fonctionnement de l’intervenant concerné. Il en résulte une science inexacte, qui rend la prédiction du moment de retombée dans le domaine public du nom très difficile, voir impossible.
Pour être certain de récupérer un nom qui va retomber dans le domaine public, il faut donc pouvoir demander sa réservation à l’instant même où il redevient disponible. Mais une telle précision relève soit de la chance, soit de la science. En surveillant le nom soi-même ou en faisant appel à un système de surveillance simple, on peut espérer tomber pile sur le moment où il vient de redevenir libre et ainsi parvenir à le reprendre avant quelqu’un d’autre. Mais il faut quand même une sacrée dose de bonne fortune.
Le système Snapnames, basé sur une parfaite compréhension du cycle de suppression des CNO, efface le facteur chance. Baptisée « Snapback » (littéralement « reprendre en un instant »), il est entièrement automatisé. Les programmes surveillent le nom convoité en permanence et sont capables de détecter le plus petit changement dans sa fiche signalétique (fiche « whois »).
Ces changements ésotériques, que seul un expert saura reconnaître et interpréter, servent en effet de signaux d’alertes pour une suppression plus ou moins proche du nom de domaine.
La surveillance Snapback est celle qui, actuellement, garanti le plus fort taux de réussite. Mais bien sûr, le système de suppression n’étant pas centralisé, il est impossible de garantir la reprise d’un nom de domaine. Mais la centralisation arrive.
L’Icann, l’organisme qui gère le nommage sur Internet au niveau mondial, a en effet récemment autorisé le lancement d’un système baptisé Waiting List Service ou WLS (littéralement - service de liste d’attente).
La grande nouveauté est que les demandes de reprise d’un nom d’occasion seront gérées par un seul organisme, Verisign qui est l’actuel registre des zones COM et NET. Ainsi, tout souscripteur de ce service sera assuré à 100% que si le nom qu’il souhaite redevient libre, il le récupérera.
Reste que pour passer de la théorie à la pratique, il fallait trouver les outils capables de donner des résultats fiables à 100%. Le WLS a donc consacré la technologie développée et commercialisée par Snapnames. Preuve de sa supériorité, c’est en effet elle qui a été retenue pour mettre en pratique le WLS dans le cadre du projet de l’Icann.