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Par Stéphane VAN GELDER Par Stéphane VAN GELDER
stephane.vangelder@domainesinfo.fr
Dossier
Publié le mercredi 24 septembre 2003
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Cinq clefs pour comprendre « l'affaire » site Finder de Verisign.


Le 15 septembre 2003 deviendra peut-être une date importante dans l’histoire du nommage sur Internet. C’est en effet ce jour-là que Verisign, le gestionnaire des extensions « .COM » et « .NET », a lancé le « Site Finder » (dénicheur de sites). Un service de capture de trafic vers des noms de domaine « erronés » qui génére un véritable tollé de l’ensemble de la communauté Internet. Voici nos clefs pour mieux comprendre ce qui est en train de devenir la polémique de l’année.

 
1. Qu’est-ce que le service Site Finder ?

Depuis le lancement de ce service, lorsqu’un internaute tape dans son navigateur un nom de domaine en .COM ou en .NET qui n’existe pas ou qui n’est pas en service, plutôt que de tomber sur la traditionnelle page d’erreur, Verisign le redirige vers son service Site Finder.

Ce service affiche une série de liens, classés par genres.

Si l’Internaute clique sur l’un de ces liens, le site vers lequel il se voit redirigé verse une contrepartie financière à Verisign.


2. Comment fonctionne ce service ?

Verisign est le registre des extensions .COM et .NET. La société américaine a donc en charge la gestion technique et administrative de ces deux zones, de la même façon que l’Afnic par exemple gère l’extension .FR pour la France.

En tant que registre, Verisign traite donc la totalité des requêtes effectuées sur des noms de domaine en .COM ou en .NET. D’après leurs propres statistiques, il y aurait environ 20 millions de faute de frappe faites chaque jour sur des noms de domaine.

Toutes ces requêtes erronées, qui donnaient auparavant une page d’erreur, amènent maintenant vers le service Site Finder.


3. Est-ce une première ?

Non, Verisign n’est pas le premier registre à gérer le trafic vers les noms inexistants de son extension. Une étude sur la possibilité de lancer un service similaire sur le .BIZ et le .US (deux extensions gérées par l’Américain Neustar) a même récemment été menée par une société basée à Washington. L’étude a été suspendue à la demande du gouvernement américain.

Il y a des exemples pratiques de captation de trafic erroné comme MuseDoma, le gestionnaire de l’extension spécialisée .MUSEUM, qui redirige vers une page listant les noms déposés en .MUSEUM si l’Internaute tape un nom qui n’existe pas. Bien entendu, il s’agit là d’un service interne à MuseDoma qui ne génère aucun profit mais dont le seul but est de guider l’Internaute.


4. Pourquoi Verisign a-t-il lancé ce service ?

Les raisons avancées par la société sont justement d’aider les Internautes à s’y retrouver. « Nos études internes montrent que, en cas de faute de frappe, les gens préfèrent de loin tomber sur une page susceptible de les aider à trouver le contenu qu’ils cherchent plutôt que sur une page d’erreur, » a affirmé un porte-parole de Verisign.

D’autres explications sont bien entendu avancées par les détracteurs de Verisign, mais la véritable justification de ce service semble bien être financière. « L’activité de Verisign n’augmente plus, » a ainsi commenté Gene Munster, analyste chez U.S. Bancorp Piper Jaffray. « Tout ce qu’ils peuvent faire pour générer le moindre gramme de croissance aura un impact positif pour la société. »


5. Pourquoi cette polémique ?

En lançant ce service, Verisign s’est en quelque sorte approprié l’ensemble des noms de domaine qui ne sont pas utilisés sur les extensions .COM et .NET. Le registre montre ainsi que sa conception de la gestion d’une extension va bien au-delà de son administration pure et simple. Verisign considère en quelque sorte que, tant qu’un nom de domaine n’est pas à quelqu’un d’autre, il lui appartient.

« Le système de Verisign porte sur tous les noms qui ne sont pas déclarés dans les extensions concernées, » a martelé l’Icann, l’organisme qui gère le nommage sur Internet, dans un communiqué publié le 19 septembre pour demander à Verisign de suspendre le service Site Finder « Cela inclus les noms interdits (ces noms qui ne sont pas autorisés à l’enregistrement), les noms disponibles mais aussi les noms enregistrés mais inactifs. »

Si l’Icann, d’ordinaire considéré comme trop proche de Verisign, s’est manifestée de la sorte, c’est qu’elle n’avait pas d’autre choix. L’initiative de Verisign a en effet soulevé un tel tollé qu’une réaction officielle s’imposait.

En France, le Cigref (Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises) et l’Afnic ont publiquement dénoncé un « détournement de données sur Internet » pour le premier, tandis que le registre du .FR indiquait que « les jokers (ndr : nom donné à l’astuce de programmation permettant de récupérer le trafic erroné) représentent un abus de pouvoir caractérisé de la part du registre qui les mettrait en œuvre… ils permettent en effet de détourner tout le trafic web en cas de simple faute de frappe, de recevoir des courriers qui ne vous étaient pas destinés, de rendre inopérants les logiciels de vérification de la zone et d'une manière générale d'accroître la confusion des utilisateurs, dont le logiciel ne peut plus distinguer si un domaine a réellement été délégué ou pas. »

Aux USA, le service de Verisign est accusé de fausser le fonctionnement de logiciel de messagerie comme Outlook, de perturber les paramètres de prise en charge de réseau de Windows ou encore de rendre inefficaces certains filtres anti-spam.

Tout cela parce que ces systèmes dépendent de leur capacité à identifier les noms de domaine qui n’existent pas pour, soit générer certains types d’erreur aptes à guider l’utilisateur, soit tout simplement refuser du mail envoyé à partir d’adresses artificielles.

Or, depuis la mise en service de Site Finder, il n’existe plus aucun nom de domaine "libre" en .COM et .NET. Tous permettent maintenant de diriger vers quelque chose, que ce soit un site légitime ou le site Site Finder.

Et la suite...

Depuis la mise en service de Site Finder, les actions contre Verisign se multiplient.

La société Popular Enterprises LLC a été l’une des premières à tirer en intentant une action en justice pour obtenir 100 millions de dollars de dommages et intérêts. Notons l’ironie de la démarche, puisque cette société est considérée par beaucoup comme le parfait cybersquatteur.

En effet, pour développer son activité de captation de trafic (Popular Enterprises LLC gère un site de lien similaire au Site Finder de Verisign) la société rachète énormément de noms déjà utilisés qui ne sont pas renouvelés par leurs actuels propriétaires et qui retombent donc dans le domaine public.

Popular Enterprises LLC accuse Verisign de copier son service. Il paraît en effet évident que, Verisign ayant fait main basse sur l’ensemble des noms de domaine inutilisés, il n’y a plus aucune raison pour que les partenaires commerciaux de Popular Enterprises LLC fassent encore appel à ses services.

GoDaddy, bureau d’enregistrement souvent opposé à Verisign, a également porté l’affaire en justice mais cette fois pour « abus de position dominante ».

Comme indiqué plus haut, cette affaire semble avoir également déclenché un conflit entre l’Icann et Verisign, qui a répondu par la négative à la demande de suspension de son service, défiant ainsi ouvertement l’organisme de gouvernance du nommage sur Internet.


Le commentaire de DomainesInfo

Les effets pourraient se faire sentir à plus long terme pour Verisign. Le comportement monopolistique de cette société a souvent été décrié par le passé, mais jamais il ne s’était manifestement aussi ouvertement. En lançant Site Finder sans prévenir la communauté Internet et sans en référer d’abord à l’Icann, Verisign montre une fois de plus qu’elle ne fonctionne que d’après ses propres règles. Quitte à reprendre à son compte les méthodes commerciales douteuses des petits malins de l'Internet.

Points essentiels du dossier


•  1. Qu’est-ce que le service Site Finder ?

•  2. Comment fonctionne ce service ?

•  3. Est-ce une première ?

•  4. Pourquoi Verisign a-t-il lancé ce service ?

•  5. Pourquoi cette polémique ?



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Pierre Berecz

Rédacteur en chef :
Stéphane Van Gelder