.CM (Cameroun) Le Cameroun invente le typosquatting de masse
Quoi de plus facile, en voulant taper un nom en .COM, que de se tromper et de le taper en .CM à la place ? Le Cameroun vient d'activer un système pour profiter de ces erreurs. Scandale d'état ?
L'affaire paraît incroyable : qui aurait cru qu’un pays entier puisse s'adonner sans limite à la pratique du détournement de trafic Internet ?
C'est pourtant exactement ce que semblerait faire le Cameroun.
Essayez donc : Tapez dans votre navigateur un nom en .CM au hasard. A moins que le nom choisi fasse partie du faible nombre de noms enregistrés en .CM (188 au 7 août dernier), vous allez tomber sur une page de liens sponsorisés ! Et ça marche autant avec des ibm.cm et des microsoft.cm que des noms farfelus comme gfdsqhjjqgf.cm par exemple…
Le Wildcard appliqué au .CM
Comment est-ce possible ? Le gestionnaire du Cameroun, qui dépend de l'opérateur téléphonique national, a tout simplement fait le coup du wildcard, ce principe de redirection générique qui avait fait scandale lorsque Verisign avait voulu le mettre en place sur le .COM par le biais de son service Site Finder.
Les noms déjà enregistrés en .CM ne sont pas concernés. Essayez camnet.cm, le nom de l'opérateur du .CM... ou encore yahoo.cm, enregistré par Yahoo mais pas encore activé, ce qui permet à l'Internaute d'être redirigé vers la page d'erreur classique au lieu de voir s'afficher la page de liens sponsorisés du service wildcard...
Mais tous les autres, probablement y compris le votre, pointent bien vers des liens payants.
Scandale à grande échelle ?
L'américain John Levine a enquêté sur ce qui pourrait bien être un scandale à grande échelle. Sur son blog, il indique que l'opérateur de ce dispositif national de captation de trafic est basé à Vancouver, au Canada. Il s'agirait de NameView, une société habituée du typosquatting.
Les experts techniques d'INDOM ont pu corroborer ces informations. Sans rentrer dans les détails, précisons que le fichier racine du .CM contient bien une redirection générique (qui fonctionne donc sur la totalité des noms qui n'ont pas été explicitement enregistrés sous .CM) vers une adresse IP à Vancouver derrière laquelle on trouvent des serveurs Nameview. Industrialiser à ce point le typosquatting, il fallait y penser et oser !
L'ICANN à priori impuissante
Reste maintenant à savoir quelles réactions cette opération va susciter auprès de l'ICANN, de la communauté juridique et de la communauté internationale…
Précisons d'ailleurs que l'ICANN ne pourra à priori pas faire grand chose, même si elle le souhaite. En effet, sur une extension nationale, un pays reste souverain et libre de fixer ses propres règles.
De plus, il s'agit à priori d'un type d'abus jamais anticipé, en tout cas pas à l'échelle nationale. La réponse passera donc peut-être par une pression politique.
En attendant, espérons ne pas voir les gestionnaires du .CO (Colombie) ou du .OM (Sultanat d'Oman), à leur tour essayer de profiter de leur proximité typographique au .COM...