L'ICANN vient d'appeler un français à venir siéger à son Conseil d'administration. Rencontre avec Jean-Jacques Subrenat, qui a effectué ses débuts en tant qu'administrateur lors de la réunion de Los Angeles.
Peut-être à juste titre, l'ICANN est souvent perçue comme très anglo-saxonne. Pourtant, les européens y sont plutôt bien représentés. Et actuellement c'est la France qui semble avoir le vent en poupe. Pour la première fois de son histoire, l'ICANN a décidé de se rendre à Paris pour l'une de ses trois réunions internationales annuelles. Ce sera en juin 2008. De plus, un français vient d'être élu au Conseil d'administration de l'ICANN. Jean-Jacques Subrenat a pris ses fonctions le vendredi 2 novembre 2007, dernier jour de la réunion de Los Angeles. Nous l'y avons rencontré deux jours avant, alors qu'il se familiarisait avec les us et coutumes de ce petit monde à part qu'est l'ICANN, pour recueillir ses premières impressions.
Comment fait-on, lorsqu'on arrive au Conseil de l'ICANN, pour se "mettre dans le bain" ? Il faut se mettre au courant de plein de choses. Se rendre compte que derrière les aspects techniques, il y a aussi une grande complexité opérationnelle et conceptuelle. Un nom de domaine relève aussi de problématiques commerciales ou de propriété intellectuelle.
Cette complexité appelle peut-être aussi une autre forme de gestion ou de gouvernance. On assiste actuellement à une forte expansion des usages de l'Internet et on voit apparaître de nouveaux besoins. Il faut donc assurer le bon fonctionnement de base - il s'agit avant tout d'une problématique de cohérence des systèmes - mais aussi gérer des questions comme la représentation nationale, la transparence…
Quelles sont les problématiques majeures qui vous interpellent déjà ? Il est encore un eu tôt pour me prononcer de manière précise: je ne serai formellement intégré au directoire que vendredi. Mais ma première constatation porte sur l'effort d'internationalisation manifeste de l'ICANN. Cela se sent par le biais des IDN par exemple. En ce qui concerne le fonctionnement même de l'ICANN, il y a sans conteste une demande forte. Tout le monde veut pouvoir utiliser et parler sa langue, disposer de documents traduits… Mais l'ICANN n'est pas l'ONU et les moyens sont nettement plus limités. Donc comment faire pour concilier cette demande et les moyens en face ? Faut-il, par exemple, répercuter une partie des coûts de traduction de l'ICANN sur le prix de l'enregistrement d'un nom de domaine ? Il y a là des vraies questions à se poser, qui ressortent bien sûr en premier lieu d'aspects techniques, mais qui couvrent également des aspects plus impalpables comme la représentation de la langue ou de la nationalité. L'ICANN est un lieu où l'on rencontre finalement les mêmes problèmes que ceux qui se posent au niveau mondial. Aussi, si nous parvenons à trouver et à appliquer les bonnes formules au sein de l'ICANN, pourquoi ne pas envisager que ces formules puissent ensuite être extrapolées vers d'autres activités humaines et vers des problématiques plus générales, comme la maîtrise de l'énergie ou l'accès à l'eau potable par exemple ? Il y a toute une série de défis qui se posent à l'humanité et qui pourraient bénéficier de solutions qui n'existent peut-être pas encore, de méthodes plus ouvertes que celles d'aujourd'hui.
Comment abordez-vous cette première réunion ICANN en tant que membre du conseil ? Je suis dans la phase où il est essentiel pour moi de comprendre les enjeux et les divers intérêts avant de m'exprimer. C'est d'abord pour moi une question de respect du passé, des débats qui ont déjà eu lieu au sein de l'ICANN. Je n'arrive pas en pensant pouvoir réinventer la roue.
Vendredi, votre premier acte en tant que nouvel administrateur sera de voter pour un président en remplacement de Vint Cerf parmi les membres du conseil que vous ne connaissez pas encore. Sur quels critères allez-vous basez votre décision ? Bien entendu, je n'aurai pas eu beaucoup de temps à l'ICANN lorsqu'il faudra voter. Mais dans le monde en général, il faut parfois savoir prendre des décisions sans avoir assez de temps. Le système est ainsi et je l'accepte. J'ai quand même eu l'occasion de voir un peu comment les différents membres du conseil fonctionnent. Nous nous sommes vus un certain nombre de fois avant cette réunion.
Pour moi, il faut trouver une personnalité qui ait à la fois la palette de qualités requises pour assurer le meilleur développement de l'instrument ICANN, et qui soi en mesure d'insérer ce développement dans un contexte mondial.
Vous êtes élu pour 3 ans. A son terme, qu'est-ce qui vous fera considérer ce mandat comme un succès ? A titre personnel, j'espère trouver à l'ICANN une sensibilité et un éclairage différent. Une grande partie de cette communauté est formée d'experts techniques ou juridiques et je voudrais pouvoir y apporter une valeur ajoutée en replaçant le développement de l'ICANN, mais aussi le phénomène plus large de l'Internet, dans la perspective des grands enjeux de la mondialisation. L'Internet fait partie des outils, mais aussi des conséquences, de cette mondialisation. En travaillant à notre niveau sur l'internationalisation des comportements sur Internet, nous pouvons apporter aux autres une vision plus internationale.