De retour du Forum sur la Gouvernance de l'Internet à Rio, le Directeur Général de l'AFNIC Mathieu Weill revient sur les grandes lignes de cette réunion, et sur ce qu'il faut en retenir.
Mathieu, expliquez-nous ce que l'AFNIC est allé faire à Rio ? Membre de la délégation française, l’AFNIC participait à 4 des 38 ateliers organisés. Elle a mis en valeur la pertinence du modèle de coopération qu’elle développe au sein de son Collège International (33 membres, notamment africains) pour réduire la fracture numérique et élaborer une stratégie de gouvernance de l’Internet en Afrique. Avec ses homologues européens, l’AFNIC a également contribué à clarifier le fonctionnement du système international des noms de domaine et mis l’accent sur la diversité, nécessaire, des modes de relation entre les gestionnaires d’extension Internet comme .FR ou .DE et leurs gouvernements respectifs.
L'ICANN, la mainmise des américains sur l'Internet… ces sujets qui étaient à l'origine du processus du SMSI ont-ils été abordés à Rio ? La gestion des ressources essentielles de l’Internet (noms de domaine notamment) était abordée pour la première fois depuis le Sommet Mondial de la Société de l’Informationà Tunis en 2005.
Bien que le contrôle unilatéral des États-Unis ait été présent dans bien des esprits, le sujet n’a été abordé qu’à mots couverts. Même la bataille annoncée entre opposants et tenants de l’ICANN n’a pas eu lieu. Lors de la session plénière consacrée à ces thèmes, seuls deux intervenants se sont risqués sur ce terrain. Le Professeur Mueller de l’Université de Syracuse a contesté le rôle et la place du GAC dans l’ICANN. Et le représentant de CGI.br, organisateur, a proposé d’éclater l’ICANN en plusieurs composantes qui pourraient ainsi rapporter à une plus grande diversité d’acteurs.
Il ne ressort du Forum aucune dynamique perceptible "d’internationalisation" de l’ICANN.
Que faut-il retenir de cette deuxième réunion du FGI, après celle d'Athènes l'an dernier ? La réunion de Rio peut être résumée comme une "Athènes +". L’aspect positif du format multipartite (multi-stakeholder en Anglais) reste la richesse des échanges dans les ateliers et forums (il y en avait près de 80 au total). Toutefois, plus encore qu’à Athènes sans doute, la richesse des échanges semble s’être concentrée sur ces ateliers au détriment des plénières. La cohérence des débats, et plus encore la perspective de faire progresser concrètement le Forum, s’en trouvent affectés. Si certains expriment déjà un sentiment d’essoufflement du FGI après la deuxième édition, qu’en sera-t-il l’an prochain ?
A votre avis, comment le FGI doit-il maintenant progresser ? L’enjeu des prochains mois sera d’identifier des propositions susceptibles de constituer des résultats concrets du Forum de Gouvernance de l’Internet. Pour respecter le mandat du Forum, qui exclut la prise de décision ou de recommandations, la piste la plus avancée consiste à encourager, suite aux travaux du Forum, des groupes de parties prenantes (consortiums ad hoc, "clubs" de gouvernements ou d’entreprises) à prendre publiquement des "engagements" (lettres d’intentions, MoU, chartes…).
Par ailleurs, la question des déclinaisons ou préparations locales du FGI a de nouveau été abordée. Les Britanniques ont mis l’accent sur leur "forum national", des représentants de la société civile ont sollicité les parlementaires européens et la Commission pour un "FGI européen", et il semble que certains pays s’y préparent, par exemple la Suisse.