« L'ICANN n'est pas étranglée par le gouvernement américain »
Janis KLARKLINS
Président du GAC
Qu'attendent les Etats de la réunion ICANN de Paris ? Réponse de Janis Klarklins, l'un des hommes les plus importants de l'ICANN puisqu'il préside son comité gouvernemental.
Le GAC est l'une des structures clefs de l'ICANN. Pour le régulateur, la quête de légitimité internationale passe avant tout par les gouvernements. Réunis au sein de ce Comité Consultatif, les représentants des Pays du monde entier ont une ligne de communication directe avec le Conseil d'administration de l'ICANN. Et lorsqu'ils parlent, ce dernier les écoute. Un exemple flagrant : l'affaire .XXX, extension initialement approuvée par l'ICANN, mais ensuite rejetée par certains membres du GAC. Le projet a depuis été enterré. D'après les derniers chiffres donné par le patron du .XXX Stuart Lawley, ce projet aurait coûté 4 millions de dollars. Une mesure de l'importance d'avoir le GAC avec soit et pas contre soit.
Au sein même du GAC, le poste de président est également clef. Autre exemple flagrant : l'actuel président de l'ICANN Paul Twomey était auparavant président du GAC. Il y a été remplacé par Janis Klarklins. Letton d'origine, ce dernier est un diplomate de carrière qui fut notamment le représentant permanent de son pays à l'Office des Nations Unies à Genève avant de devenir l'ambassadeur Letton en France.
Quelles sont vos attentes pour cette réunion de Paris avec au moins trois points forts : le contrat avec le gouvernement américain (JPA), les IDN et les nouvelles extensions ? Vous avez en effet cité les trois principaux points et j'espère nous voir avancer sur chacun d'entres-eux. Pour le GAC, deux points sont particulièrement importants. D'abord la procédure de déploiement rapide des IDN (ndr : appelée "fast track" en Anglais). Nous espérons pouvoir la ratifier et la faire remonter au Conseil de l'ICANN pour qu'ils puissent eux-mêmes l'évaluer. Il y a aussi le rapport que nous devons recevoir du président de l'ICANN sur les pistes d'évolutions possibles de l'organisme. Bien sûr, nous parlerons certainement aussi de la migration de l'IPv4 vers l'IPv6 et de ce qui devrait être le rôle des gouvernements dans le développement d'IPv6.
L'ICANN propose de passer de 3 réunions internationales par an à 2. Qu'en pensez-vous ? Cette proposition étant très récente, le GAC n'a pas encore pu donner un avis officiel. Je ne peux donc que vous donner mon avis personnel. Je pense que cela risque de réduire les capacités de participation du GAC au processus de développement des politiques de l'ICANN. Le GAC manque de moyens administratifs et logistiques et se pose la question de la capacité de nos membres à s'investir pleinement en dehors des réunions. Nous en parlerons avec le Conseil lors de notre atelier avec eux ce mardi (ndr : si la plupart des réunions du GAC ne sont pas ouvertes aux public, cet atelier prévu mardi 24 juin à 17:30 le sera).
Revenons au JPA. L'ICANN semble s'affranchir de la mainmise du gouvernement américain sur elle. Est-elle prête à être indépendante ? Déjà, je ne vois pas l'ICANN comme étant étranglée par le gouvernement américain. Je ne suis donc pas d'accord avec votre question. L'ICANN travaille sous contrat avec le gouvernement américain. Il n'y a pas de mainmise.
Ensuite, à l'issue du SMSI, il a été clairement indiqué qu'il faut savoir évoluer en même temps que l'Internet et son environnement mondial. Je crois que le mot clef est l'internationalisation. Cela ne veut pas dire que l'ICANN quitterait les Etats-Unis. Cela veut juste dire que l'ICANN aurait une présence plus internationale et qu'elle prendrait en charge des problématiques qui impactent les Internautes du monde entier. Dont les IDN, qui facilitent la création d'IDN en ccTLD, tout en favorisant la concurrence et en augmentant la protection du consommateur. Tout ces aspects sur lesquels l'ICANN travaille aujourd'hui. Cette évolution est naturelle et doit bien entendu se faire par le dialogue, en consultant toutes les parties au sein de l'ICANN. Rien ne doit être imposé. Les priorités de chacun doivent être prises en compte.
Un mots sur les nouvelles extensions, puisque certaines propositions portent sur des projets de noms géographiques, comme des villes. Les gouvernement souhaitent certainement avoir leur mot à dire. Que pense le GAC des nouvelles extensions ? Le GAC vient d'adopter des principes directeurs pour les nouveaux gTLD en indiquant que les gouvernements doivent être consultés sur l'utilisation de noms géographiques au premier niveau. Cela veut simplement dire que, si par exemple on voit un jour arriver un .PARIS, le gouvernement français doit être consulté. C'est ce qui s'est passé avec le .CAT. Le gouvernement espagnol a donné son accord au projet.
• Les noms géographiques de premier niveau. Les gouvernements doivent être consultés. Le gouvernement français doit être consulté pour le .PARIS. • Les noms de domaine avec accent Le GAC est favorable à une procédure de déploiement rapide des IDN.