« Je ne m'attends pas à voir 160 millions d'extensions en 2009 »
Paul TWOMEY
PDG, ICANN
Oui, l'ICANN s'apprête à permettre la création d'un nombre illimité de nouvelles extensions dès 2009. Non, cela ne se fera pas sans foi ni loi. Les explications de Paul Twomey, PDG de l'ICANN.
La polémique est partie d'un article du journal "Les Echos". "Outre les .COM, .NET ou .ORG, dès le premier trimestre de 2009, les 1,3 milliard d'internautes pourront acquérir des adresses génériques, en déposant des mots courants comme .AMOUR, .HAINE ou .VILLE," aurait dit le Directeur général de l'ICANN Paul Twomey.
"C'est absolument faux, je n'ai jamais dit ça," nous a répondu l'intéressé cet après-midi, durant la réunion ICANN de Paris. En revanche, la libéralisation de l'espace de nommage est bien au programme et devrait commencer dès 2009. Avec un nombre d'extension non limité. L'ICANN ne sait d'ailleurs pas vraiment combien de demandes elle pourrait recevoir lorsqu'elle ouvrira le processus dans quelques mois. "D'après les contacts que nous avons eu ici, on peut en avoir 100 comme on peut en avoir 1 500," nous a confié un membre de l'équipe de l'ICANN. Question finances, il faudra à priori compter sur un budget à "6 chiffres", soit quelques centaines de milliers de dollars.
Alors qui va pouvoir postuler, quand et comment ? Les réponses du patron de l'ICANN, Paul Twomey.
Pouvez-vous nous expliquer cette libéralisation ?
Je voudrais d'abord dire de manière très claire : jamais je ne proposerais la création d'un .HAINE, ou d'un .AMOUR d'ailleurs. Pour répondre, nous allons en effet ouvrir le premier niveau de l'espace de nommage. Une ouverture à tous. Tout le monde pourra postuler. Mais attention, ce n'est pas comme d'enregistrer un nom de domaine. Le demandeur devra montrer : qu'il peut payer les frais de dossier, que son business model tient la route, qu'il a la capacité technique de gérer un registre.
Il lui faudra aussi se montrer capable de répondre aux problématiques de propriété industrielle. Les ayants-droits auront la possibilité de demander le refus d'une extension. C'est important pour les entreprises. Si elles le souhaitent, elles vont pouvoir demander leurs marques en tant qu'extension. A l'inverse, si quelqu'un d'autre fait cette demande, elles pourront la bloquer.
Prenons une image. Imaginez un réseau télévisuel national avec 5 chaînes. Nous ne sommes pas en train de dire que du jour au lendemain, tout le monde va pouvoir créer sa propre chaîne de télévision en mettant à l'antenne ses vidéos de vacances. C'est plutôt comme d'ajouter une centaine de chaînes câblées. On a donc un choix beaucoup plus important et le processus est ouvert à tous, mais il faut quand même avoir la capacité de faire fonctionner une chaîne de télévision. Le nom de domaine est une industrie sérieuse et il faut pouvoir atteindre un certain niveau pour postuler dans le cadre de cette libéralisation.
C'est un moment très intéressant pour le nommage et je suis très heureux de voir qu'il génère autant d'intérêt. Mais il faut bien comprendre de quoi nous parlons. Nous avons actuellement plus de 160 millions de noms de domaine. Je ne m'attends pas à voir le même nombre de nouvelles extensions au 2e trimestre 2009.
Nous sommes donc bien sur un planning de libéralisation sur la première moitié de 2009 ?
Nous travaillons depuis 3 ans sur ce dossier et son implémentation semble être possible. Le Conseil d'administration de l'ICANN pourrait donc décider ici (ndr : lors de sa réunion jeudi) d'approuver la libéralisation de l'espace de nommage. En revanche, il nous faudra encore au moins 3 à 4 mois pour finaliser les détails de cette libéralisation. L'ensemble du processus sera ouvert. Une fois ce travail terminé, nous pourrons alors lancer la libéralisation. A mon avis, cela peut s'envisager pour le deuxième trimestre 2009.
• "La libéralisation de l'espace de nommage est bien au programme et devrait commencer dès 2009. Avec un nombre d\'extension non limité.\" • "Ce n'est pas comme d'enregistrer un nom de domaine. Le demandeur devra montrer qu\'il peut payer les frais de dossier, que son business-model tient la route, qu\'il a la capacité technique de gérer un registre.\" • "Il lui faudra aussi se montrer capable de répondre aux problématiques de propriété industrielle. Les ayants-droits auront la possibilité de demander le refus d\'une extension.\"